POÉSIE



TENIR TÊTE À L’ORAGE, Thomas Vinau
Éditions N&B, 74 p., 12 € (août 2010)
Par Stéphane Beau


La poésie est en crise, aucun doute là-dessus. S’il en était autrement, un garçon comme Thomas Vinau occuperait forcément, aujourd’hui, le devant de la scène, au même titre qu’en leur temps un René Guy Cadou, un Guillevic, voire même, soyons fous, un Eluard ou un Prévert. Faute de quoi, il en est encore à tailler péniblement sa place à la sueur de son stylo, et à frapper inlassablement aux portes de tous les responsables de petites revues et de tous les micro éditeurs qui, pas fous, n’ont généralement pas besoin de se faire tirer longtemps l’oreille pour publier ses vers.
C’est sous le patronage de Christian Bobin, le maître de l’« enchantement simple », que Thomas Vinau a choisi de placer son nouveau recueil :
Tenir tête à l’orage. Et force est de reconnaître que ce choix est particulièrement judicieux. Car il y a de Bobin chez Thomas Vinau : du Bobin païen, débarrassé de cette bondieuserie qui ne manque pas d’agacer ceux qui, comme moi, n’ont pas l’heur de croire en dieu et en ses avatars.
Thomas Vinau est un expert du minuscule, un spécialiste de l’ineffable, du fugace, de l’impalpable. C’est un chasseur, toujours à l’affût pour saisir cet infime instant, ce millionième de seconde où l’existant trouve miraculeusement sa parfaite unité au travers d’une goutte de pluie, d’une feuille qui tombe ou d’un oiseau chantant sur la plus haute branche d’un arbre. Aucun jargon chez lui, aucune obscurité : ses vers s’enchaînent naturellement, sans emphase, et ses mots s’alignent sagement sur la papier, rétifs à toute velléité de déstructuration linguistique. Thomas Vinau se contente juste d’ouvrir son cœur, son âme et ses sens au monde qui l’entoure. Sa sensibilité aux choses et aux êtres est telle qu’elle s’apparente presque à celle d’une pellicule photographique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la « lumière » occupe une place essentielle dans son œuvre.
En fait, si ses poèmes nous touchent à ce point c’est parce qu’ils ne constituent pas de simples jeux de langue, de bêtes exercices littéraires n’ayant d’autre dessein que de nous titiller l’intellect. Ils sont beaucoup plus précieux que cela : ils sont les mille et une étapes d’une quête existentielle au cours de laquelle chaque pas franchi résonne comme une victoire sur soi-même. C’est sans doute pour cela que ses vers claquent comme des mots d’ordres, comme des coups de pieds aux culs du néant et de l’absurde ; comme des invitations à changer de vie, à changer de peau et à se réconcilier avec la nature, aussi bien la sienne que celle qui nous entoure : « 
Apprends la grâce inutile des décombres » ; « Ampute-toi, tu seras libre » ; « Cultive ta soif. Creuse tes sources » ; « Prends ce que personne ne t’offre » ; « Mets-toi dans le sens de la terre et germe » ; « Sauve un oiseau tu voleras ».
Apprendre à être soi, dans un monde qui pourrait être si accueillant, si on ne s’ingéniait pas désespérément à le rendre toujours plus complexe et plus laid. Écrire : écrire pour découvrir enfin qui on est, d’où on vient, mais surtout où on va :
Écrire comme un chaton qui joue / à attraper sa queue. / Courir derrière soi sans s’atteindre vraiment. / Suivre son ombre. / S’apprendre.



TOUS LES RÂTELIERS !, Rumines deux, Vincent Wahl
Éditions Rhubarbe, 140 p., 12 € (Jjanvier 2010)
Par Alain Helissen


Vincent Wahl mange raisonnablement. Il nourrit cependant une relation à la nourriture, précisément, qui peut prêter à interrogation. Déjà, son précédent ouvrage (Œil ventriloque, 2008) abordait ce même sujet, « sorte d’autobiographie d’un ventre », est-il écrit dans l’avis de parution. L’auteur poursuit ici des ruminations déterminées, s’en explique-t-il en fin de volume, par sa visite de trois expositions, deux ayant rapport à la gastronomie, la troisième étant une installation de l’artiste Gérard Garouste. Il y eut aussi, 11 ans plus tôt, la vision du film Eating d’Henry Jaglom, ainsi que « des stations répétées devant les menus du restaurant parisien d’Alain Passard et l’écoute régulière de De bouche à oreille sur France-Culture ». Voilà pour les sources.
Lorsqu’on voit la couverture de
Tous les râteliers la question se pose : Est-ce un livre de cuisine égaré dans le rayon « poésie » ? Parce que la « bouffe », c’est vrai, apparaît rarement au menu de la poésie contemporaine. Ouvrant le livre, force est de constater qu’il s’agit bien de poésie. Une poésie, certes, qui a fait de l’estomac son foyer ardent et qui provoque davantage le frémissement des papilles gustatives que l’émotion sentimentale. « Je veux moi me repaître jusqu’aux marges du temps », entame en entrée l’auteur. L’abondance – comme « profusion », un terme qui apparaît plusieurs fois dans ce recueil – « s’affirme s’affine se concentre et d’elle-même s’enivre ». Le festin intègre des menus à rallonge, des recettes, des textes d’Alphonse Allais, Paul Reboux, Brillat-Savarin, Grimod de la Reynière… En bas de page court un texte qui rajoute à la profusion générale. Le tout bardé d’érudition gastronomique et servi avec un coulis de langue des plus onctueux : « Mes biens chairs fraîches dit l’ogre prédicateur. » Pour avoir offert son précédent livre au Chef parisien Alain Passard, Vincent Wahl s’est vu invité dans son restaurant. Un poème-reportage narre l’épisode en dix-sept stations. Sans doute Alain Passard recevra-t-il Tous les râteliers et on peut imaginer alors qu’il réservera une table « à vie » à son écrivain admirateur. Les « enjeux de satiété » développés dans ce livre débordent du cadre strictement alimentaire pour aborder le social, l’écologie, la politique, la culture… Quand la poésie se met à table elle sait se repaître à tous les râteliers. N’est-ce pas les vers, au bout de nos banquets, qui feront festin de nous ?



SIMPLES CHOSES, Roland Tixier
postface de Nicole Vidal-Chich, Éditions Le Pont du Change, 80 p., 13 € (août 2009)
Par Christian Cottet-Emard


Villeurbanne, Vaulx-en-Velin et peut-être d’autres confins de ce qu’on appelle le Grand Lyon ont leur poète. Il s’appelle Roland Tixier, marche beaucoup et accorde son pas au rythme de visions fugitives (« n’être autre que ces pas / d’une rue à l’autre / quelques instants insaisissables »). Il en naîtrait presque une moderne épopée, depuis tant de recueils publiés par ce maître de la notation brève, dans le style des haïkus urbains, si ce promeneur ne se souciait comme d’une guigne de jouer le passant considérable.
Ainsi, dans son dernier opus intitulé
Simples choses, premier livre publié par Le Pont du Change, nouvel éditeur lyonnais, Roland Tixier persiste-t-il à se fondre dans le paysage urbain ou semi-urbain (« je pars je me fonds / dans le gris léger / à l’est du périphérique ») que nous avons vite fait de juger inhumain alors qu’il est justement chargé d’humanité. Le quai, le square, le bus, le quartier, le bureau de poste, le banc, la gare, le trottoir, le parking, la banlieue, le supermarché, la supérette que les discours convenus relèguent souvent dans un pluriel hostile et lointain retrouvent leur singulier lorsque le poète piéton les nomme. Tel est un des pouvoirs de la poésie. La vie qui semblait vouée à se dissoudre dans l’anonymat des mornes et rectilignes perspectives des « grands ensembles » regagne alors sa dimension quotidienne et individuelle avec ses présences saisissantes (« clochard ravagé / peu de vie dans son caddie / de supermarché »), intenses (« elle au volant il l’embrasse / garée à la diable / warning allumé ») rassurantes (« bonheur d’une journée / être près de vous debout / sur ce quai de bus ») souriantes (« trois pigeons devant la mairie / picorent les grains de riz / lendemain de mariage »). En trois lignes, le collectionneur de « simples choses » peut nous emmener loin (« amoureux perdus / sur le chemin de halage / matinée de brume ») ou restreindre le cadre jusqu’à nous faire éprouver la sensation physique de l’enfermement (« loin de ses repères / petit merle apeuré / entre les haies d’automobiles »).
Lorsqu’il consent à se mettre en scène, c’est à la façon, fugace, d’un Alfred Hitchcock dans les premières images de ses films et l’on se surprendrait presque à s’exclamer : « Tu as vu, au début de ce poème, le type qui monte dans le bus ? C’est Roland Tixier ! » Mais ce passant de la
« bienheureuse marche » au pas aussi léger que son sac à dos peut très bien être vous et moi parce que l’auteur de ce livre nous prend vraiment en sympathie (« ah ! mes compagnons de bus / bonheur d’être près de vous / logé à la même enseigne »).



PARLER POÈME. HENRI MESCHONNIC DANS SA VOIX, Marcella Leopizzi
préface de Giovanni Dotoli, Éditions Alain Baudry & Cie, 360 p., 38 € (avril 2009)
Par Giovanni Dotoli

En lisant ce livre de Marcella Leopizzi, j’ai eu la sensation de me baigner dans un fleuve d’écriture, à travers la voix d’un des poètes les plus importants du XXe siècle et de cette aube du XXIe: celle d’Henri Meschonnic.
Ce travail se montre tel un talisman de lecture de l’œuvre si dense de Meschonnic. L’auteur, cette jeune fille qui adore les sujets fascinants – elle a déjà pénétré la pensée et les voyages de Giulio Cesare Vanini
(Les sources documentaires du courant libertin français : Giulio Cesare Vanini, Fasano-Paris, Schena-PUPS, 2004) et la recherche d’un admirateur exceptionnel de Michel de Montaigne, le célèbre docteur Payen (Michel de Montaigne chez le docteur Payen. Description des lettres et des ouvrages concernant Montaigne contenus dans le Fonds Payen de la BnF, Fasano-Paris, Schena-Lanore, 2007) – fournit la première « lecture » complète de tous les poèmes d’Henri Meschonnic parus jusqu’à aujourd’hui.
Elle « traverse »
toute la vie poétique d’Henri Meschonnic, de Dédicaces proverbes (1972) à La vie je cours (2008), à travers un aller-retour constant entre l’analyse des textes poétiques et des concepts théoriques. Par une méthode de vivo, par le biais d’entretiens-lumière, elle accède au temps et à l’espace du poème de Meschonnic, elle parle poème elle aussi et pénètre avec élégance et précision la voix meschonnicienne.
Le titre est sublimement exemplaire, dans son double voyage unitaire : d’un côté
parler poème, de l’autre Henri Meschonnic dans sa voix. Le Poème, le Poète et le langage montrent leur voix et leurs voies. Ils traduisent et ils écrivent la naissance, le mouvement du rouleau du texte qui se déroule – à la lettre – comme un papyrus, en s’articulant par bouchées, échos et passages de sens, comme dans un unique proverbe éternel.
Dans la première partie, divisée en trois chapitres –
Penser poème penser société, Lire le poème Meschonnic et Continuité du poème Meschonnic –, Marcella Leopizzi met en évidence que d’après Meschonnic le poème est le lieu où le rythme de la langue rencontre le rythme de la vie, et réfléchit sur le rapport étroit qu’il y a, d’après ce poète, entre le langage et la vie : entre langage, corps, poétique, éthique et politique.
Elle démontre que tous les poèmes de Meschonnic sont la transformation d’une forme de langage en une forme de vie et d’une forme de vie en une forme de langage, et que la voix meschonnicienne s’écoule d’une réflexion à l’autre sans jamais « nommer » mais afin de « suggérer » tout ce que seul le poème peut faire connaître et entendre (p. 159).
La poétique, entendue en tant qu’épistémologie de l’écriture apte à montrer comment une œuvre est l’homogénéité du dire et du vivre, jette une lumière nouvelle sur la fabrication du social. L’art devient le lieu où se problématise la relation entre individu et société. « Le » poétique, donc, c’est d’abord de l’éthique parce que, comme le soutient Meschonnic, on ne peut séparer ni le langage du poème ni le poème du sujet, ni le sujet de l’éthique du politique. Rien de politique au sens de la norme courante. La vraie politique fait partie du langage, de l’acte créatif, de l’intimité avec le rythme de la parole. L’interaction entre le langage, le poème, l’éthique et le politique est telle que la poétique doit être vue comme une éthique en acte du langage et que par conséquent il faut penser le poème pour penser la société (p. 31-32).
Chez Henri Meschonnic, rien n’est superficiel, rien n’est savoir acquis, tout est éthique, tout a une valeur, un poids – au sens latin de
pondus –, tout a le rationnel-irrationnel de la lumière. Son poème est visuel, rythmé comme le halo du premier jour, ou comme une vision à la Stéphane Mallarmé. Cela ne signifie ni un détachement du monde ni une retraite, mais un engagement au-dedans de la marche des choses, une chaîne de silences et de paroles, de blancs et de signes.
Les lignes d’Henri Meschonnic veulent écrire poème, narrer la voix du Poète, d’une façon consciente et unitaire. Il adopte un codage phonique qui rappelle l’oralité, celle des premiers hommes qui vivaient émerveillés par la beauté du Ciel et la fraîcheur des torrents. Tout se tient, dans un jeu de signes, de style, de danse, de silence et de cris discrets.
Henri Meschonnic sait – il me l’a souvent confirmé dans nos colloques autour d’un café ou au cours de souriantes discussions – que le silence fait partie du langage, qu’il est donc dans le langage. Son silence est discours profond, voyage intensif au lieu, au langage, qui nous suggère des étincelles d’énergie intensive. Regardons le signe, dit-il. Il est abstrait, lointain, mort. C’est le silence qui l’entoure qui lui donne la signification, par le rythme de son signifiant, voix de l’intérieur, anti-banalisation de la parole, trace de l’oralité des premiers jours.
En suivant les suggestions de Meschonnic, donc, lorsqu’on lit ses poèmes, il faut considérer que tout ce qui se trouve sur la page est un signifiant – le mot « signifiant » entendu en tant que participe présent – qui produit de la signifiance. Dans ses lignes, sans vers ni prose ni métrique mais simplement avec du rythme, les mots viennent l’un après l’autre sans signes de ponctuation mais simplement avec des blancs, c’est-à-dire des espaces aptes à indiquer les pauses. C’est pourquoi ses lignes apparaissent une parole-écriture qui incluent le silence dans l’écrit et qui visualisent la continuité de l’oral à l’écrit (p. 214-215).
La voix d’Henri Meschonnic est un mouvement ininterrompu qui, même dans les blancs qui séparent les poèmes et les recueils, ne cesse de se prolonger comme si chaque livre et chaque fragment n’était qu’un texte inachevé et inachevable d’un seul poème (p. 160). L’entrée en plein sujet, obtenue par l’emploi de prépositions ou d’adverbe dans les titres des recueils et au début des poèmes, l’absence de titres au début de chaque poème, l’exorde des poèmes au cœur du temps créé par l’absence de majuscule à la lettre initiale, les espaces blancs, les répétitions, l’absence des signes de ponctuation matérialisent le rythme continu de la parole de notre poète qui « coule » d’un poème à l’autre comme s’il s’agissait d’un seul poème qui semble se confondre avec la Vie.
En effet, comme le témoignent les cinq entretiens entre le poète et l’auteur contenus dans la seconde partie du livre, au premier desquels j’ai participé, l’œuvre de Meschonnic est essentiellement une écriture de la vie car elle a une charge à la fois intime et anonyme ; elle tisse le personnel et l’impersonnel selon un élan continûment transpersonnel (p. 324).
Henri Meschonnic perçoit qu’il est « la voix des autres », ses lignes sont un va-et-vient
je-autre-je, angoisse du passé et du présent, avant et après, recommencement et légendaire du temps, jamais et aujourd’hui. Sa parole fait l’amour avec tous les mots du groupe de mots qui sont devant et après, dans un temps impersonnel qui est celui du cœur. Même le pronom « on » se situe sur la lignée de la trace : il redevient homo, moi, toi, lui, nous.
Le langage devient-il anonyme, chez Henri Meschonnic ? Non, c’est toujours la parole du Poète qui parle, comme le prouve cette analyse extraordinaire de Marcella Leopizzi, qui traverse toute la parole poétique de notre Poète. L’écriture-récit d’Henri Meschonnic est transpersonnelle, va au-delà de la personne – au sens latin de
persona, corps et esprit –, pour aboutir à une forme-monde-univers. C’est une démarche qui vient de loin, des poètes de la Méditerranée et de l’Orient, et de Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé, et qui passe par René Char, Saint-John Perse et Yves Bonnefoy.
« Vivre voir / vivre entendre / je nous respire / je nous vais de vie en vie », affirme Henri Meschonnic (La vie je cours). Et Marcella Leopizzi, en symbiose, vit et voit, vit et entend, respire poème, de vie en vie, la sienne et celle du Poète, par suggestions – Stéphane Mallarmé n’affirme-t-il pas qu’il faut suggérer pour pénétrer la réalité ? –, lesquelles sont des traces de voix. Elle écoute, elle est à l’écoute du poème Meschonnic, dans le plein air d’une écriture-monde-je-nous.
La voix d’Henri Meschonnic est partout. Elle se corporalise, de la tête aux pieds, elle circule comme le sang, par tout son corps, elle est un foyer d’énergie vitale, une fête de la communication intime. Le poème-forme-sujet est dans sa voix et dans notre voix, il est voix-voie-
vox, du peuple – vox populi, c’est-à-dire de la société civile –, et de l’individu-homme-femme.
Pour Henri Meschonnic, le monde n’est pas une abstraction. Il est là, devant lui, réel et corporel, discours et rythme du discours, parole et pensée. Mais il y a une clôture entre le monde et le Poète. Ce sera au rythme de la poésie d’agir en élément de raccord, de recherche et de retrouvailles.
Écoutons donc le message d’Henri Meschonnic, nous annonce à chaque page Marcella Leopizzi.
« Du rythme, encore du rythme, toujours du rythme. » Le monde a la voix d’Orphée. Le devoir du Poète est celui d’écouter cette seule voix. Le Poème est respiration, sujet, exigence du sens, et jamais signe, société, métrique, phraséologie, convention, illusion et rimbaldisme. « Un poème est un risque », mais « le travail de penser aussi est un risque », déclare Henri Meschonnic. Si le Poète a pris le risque du Poème, Marcella Leopizzi aussi a pris le risque de le lire, de penser par et à travers son Poème, pour réaffirmer « le refus de la séparation entre le langage et la vie », afin que, « à la lecture », « vivre se transforme en poème ». Marcella Leopizzi a gagné le pari de son risque. Pour réussir, il lui a suffi de penser poème, en restant toujours dans la voix d’Henri Meschonnic. Comme lui, elle dit : « je ne parle pas / mes mots je / les marche / et toutes les vies / que je vois / en chemin forment / des parts de / ce qui marche en moi / en toi » (Puisque je suis ce buisson, p. 45).
Loin d’être un simple « produit » de son époque mais, tout au contraire, étant une activité de réflexion qui défait certaines évidences et qui les présente de manière toute neuve, l’ouvrage de Meschonnic est un chef-d’œuvre « inachevé » dans le sens que son effet n’est pas fini mais continuera à agir dans les années et les siècles à venir.
Linguiste, essayiste, traducteur, poète et poéticien parmi les plus remarquables, Henri Meschonnic occupe une place centrale dans la poésie contemporaine, comme le prouve si profondément ce livre de Marcella Leopizzi, et ses poèmes joueront un rôle fondamental dans les Lettres de ce troisième millénaire.