EN VRAC
Par Stéphanie des Horts
QUAND NOUS SERONS HEUREUX, Carole Fives
Éditions du passage, 160 p., 14 €
Existe-t-il cet instant de grâce, espèce de vie fantasmée, moment idéal, quand nous serons heureux ? C’est ce qui lie les personnages des nouvelles de Carole Fives. Amoureux solitaires, individus meurtris, déambulant sur une corde raide à la recherche de ce bonheur si souvent vanté dans la publicité à la télé. Souvenez-vous « l’ami Ricoré » ! Ainsi de ce nouvel habitant d’une ville fantôme où les gens ne croient plus à rien. Quel sera son chemin ? Résistera-t-il à la conformité ? Et cette bimbo qui un jour fut laide, pire, moche, dégoutante, repoussante, elle ose chirurgie esthétique, botox, acide hyaluronique et tutti quanti. Sublime bombe atomique, elle ne se reconnait plus et préfère regarder l’horreur qui se niche toujours au plus profond d’elle-même. Et que dire de ce garçon dont l’unique but était d’être celui sur qui on ne peut pas compter, tant et si bien qu’un jour il finit par le payer très cher ? C’est lui qui n’avait pas compté qu’une femme pourrait un jour le déteste à en mourir… Autant d’écorchés vifs, autant de failles dans un monde qui s’égare. Carole Fives a un don pour manier la plume comme un scalpel. Attention, style incisif et humour corrosif. La dissection de la société, on adore ! Cet ouvrage a reçu le prix Technickart 2010. ●

DICTIONNAIRE DES INJURES LITTÉRAIRES, Pierre Chalmin
L’Éditeur, 736 p., 29 €
Procédons par ordre. Il s’agit avant tout d’un dictionnaire. Les entrées du présent ouvrage se caractérisent par trois principes : la notoriété de l’injurié, la qualité de celui qui insulte et l’insulte en elle-même, sublime morceau de choix dont on se repaîtra à loisir. Allons-y gaiement ! Le précieux Jean Lorrain évoquant Edmond Rostand : « Ce marseillais de naissance dont les vers sont une bouillabaisse ! » Toujours Jean Lorrain, mais sous la plume de Paul Morand cette fois : « Il n’y a de mâle en lui que l’écrivain… » Jean Cocteau à propos de Théophile Gautier : « Le pauvre Gautier est le contraire d’un poète. » Et Nabokov égratignant Josef Conrad : « Je ne supporte pas le style boutique de souvenirs de Conrad, les bateaux en bouteille et les colliers de coquillages de ses clichés romantiques. » Et Flaubert rendant hommage au divin vicomte : « Chateaubriand, connu surtout pour le beefsteak qui porte son nom. » À quoi bon dire du mal des gens que l’on ne connaît pas ? C’est tellement jouissif de le faire de ses meilleurs amis ! Et délicat, hum subtil, inoubliable… Bienvenue dans le monde des Belles Lettres ! ●
LA VEUVE DU CHRIST, Anne-Sylvie Sprenger
Éditions Fayard, 154 p., 12 €
Lena Rochat a 8 ans. Elle vient d’être enlevée par Victor Julius. Bien sûr, elle pleure. Puis elle s’arrête. Bien sûr, elle se souvient. Et puis elle oublie. Bien sûr, elle est séquestrée, mais pas la nuit. Et Victor Julius devient le monde de Lena… Elle a 8 ans, elle a 10 ans, elle a 15 ans. Lena est une femme, elle ne veut qu’un homme et c’est Victor Julius. Il est son bourreau, certes, mais aussi son Dieu. Il est son geôlier, mais qui a parlé de geôle ? Le monde extérieur effraie Léa. Il est son amant, qui a séduit l’autre, Victor Julius ne cherchait que la pureté ! Comment Lena a-t-elle appris le désir ? Un ravisseur, Victor Julius, un ravissement, la vie de Lena Rochat… Pourquoi faut-il qu’un jour cela s’arrête ? Lena et Victor Julius n’avaient rien demandé aux autres, juste qu’on les laisse en paix. Natascha Kampush revisitée par Anne-Sylvie Sprenger. Les liens secrets qui unissent la victime et son agresseur tiennent souvent plus de la fascination que de la peur… Dérangeant et talentueux. ●
ET LE JOUR SERA POUR EUX COMME LA NUIT, Ariane Bois
Éditions J’ai lu, 128 p., 3,70 €
C’était un matin de janvier. Il faisait froid et le soleil n’y pouvait rien. Il y a eu cette fenêtre qui battait dans le vent, un cri, et puis le silence. Assourdissant le silence. C’était un matin de janvier, Denis d’Aubigné avait 20 ans. Il y a eu un accident. C’est la petite phrase qui revient tout le temps. La petite phrase que l’on chuchote à l’oreille d’Alexandre, le frère cadet que l’on ne protège déjà plus. La petite phrase qui réveillera Diane, la grande sœur, dans son appartement de Manhattan à 6000 kilomètres de cette fenêtre qui bat dans le vent. C’était un matin de janvier. Et la famille d’Aubigné s’est effondrée. Ils ont fait semblant d’être ensemble. Mais ils n’y sont pas parvenus. Ils ont cru pouvoir s’aimer toujours, mais la déchirure était immonde. Et la douleur n’a pas d’âme sœur. Il y a eu les questions, et la culpabilité qui va avec. Un jour, il y a eu les réponses, mais c’était trop tard. C’était un matin de janvier, Denis d’Aubigné a escaladé la fenêtre de son appartement au 7e étage d’un immeuble parisien. La mort change la vie, parfois on appelle aussi cela l’espoir. Sublime roman d’Ariane Bois qui use des mots avec une délicatesse singulière et rend hommage à tous ces jeunes gens qui ont choisi la nuit. ●
LES ENVAHISSANTS, Maloup et Marie Voyelle
Éditions Jean-Claude Gawsewitch, 117 p., 18 €
Dans la collection dirigée par la talentueuse Penelope Bagieu, voici un tout nouveau titre qui décoiffe, Les Envahissants ! Marie vit recluse dans son deux-pièces rempli de livres. Elle ne sort pas de chez elle et n’en finit pas de terminer sa thèse qui a déjà six mois de retard. Sa seule distraction, la cour de récré qui borde son immeuble et les gamins braillards qui refont le monde, façon puzzle. Marie est seule, mais il y a déjà longtemps qu’elle l’a oublié, et elle s’invente mille vies pour éviter de se regarder en face. Mille vies, plutôt trois personnages pas comme les autres qui vont l’aider à se reprendre en main. Il y a Candy, une bimbo incroyable à faire se damner tous les évêques de la Terre. Et voici le sergent Glooms avec qui l’on ne plaisante pas, le monde comme le Vietnam c’est pareil, tout est une question de chef et de discipline. Enfin, Raoul le Morse et sa masse de procrastination. Autant dire que ces trois-là sont… envahissants. Ils vont colorer la vie de Marie et lui donner juste envie d’avoir envie à nouveau. C’est coloré, c’est burlesque, c’est enlevé, le coup de crayon est épatant et le lecteur se laissera emporter par cette bande dessinée émouvante et pleine d’humour ! ●
L’ARBRE À TIROIRS, AOÛT 54, Jack Forget
Éditions France Univers, 144 p., 19 €
C’est un homme dans la force de l’âge qui aimerait bien se souvenir de son enfance. Mais les images se bousculent et ne reviennent qu’au compte-goutte. Il pense à Lise, sa petite sœur, à Jean, son père si faible, perdu, fils adultérin à la recherche d’une famille qui ne veut pas de lui, ou encore à Irène, sa mère, à Célestine, grand-mère adorée, à Trouville « où les bateaux de pêche s’enfoncent à marée basse ». Les sentiments sont flous comme si toucher l’enfance suffisait à la faire fuir. Paul, il se nomme Paul cet enfant des années 1950 que la rue va se charger d’éduquer. Un suicide manqué, une confrontation avec sa mère, Paul s’en va et décide de faire sa vie tout seul. Il ne croit pas en la religion, ni en la politique, il ne s’attache pas aux événements extérieurs, il avance, sans jamais s’apitoyer… Histoire sans concession d’un gagnant. Avec talent, rigueur, et une absence totale de pathos. ●
CODE PHÉNIX, UNE ENQUÊTE DE KAREN SHARPE, John Connor,
Éditions JC Lattès, 355 p., 20 €
Deux corps sont découverts dans la lande du Yorkshire. Celui de Philip Leech, un flic, et celui de son indic, Mitchell. De Leeds à Manchester en passant par Bradford, on dirait bien que la moitié de l’Angleterre enquête sur le double meurtre. Mais c’est l’inspecteur Karen Sharpe qui prend les choses en main. Karen Sharpe, une fille pas comme les autres. Le soir du meurtre, elle avait rendez-vous avec Leech, mais elle était bien trop ivre pour y aller. Elle noyait ses angoisses et son passé trouble dans le whisky pur malt. Karen fait cavalier seul sur cette affaire au grand dam de Munro, son chef, qui ne la comprend pas… Karen Sharpe, une espèce d’amazone complètement à l’ouest qui ne laisse personne indifférent, surtout pas les hommes. Quant au lecteur, il en redemande… L’éditeur nous promet une suite, tant mieux ! On la souhaite corsée. ●
JULIET,NAKED, Nick Hornby
Éditions 10/18, 324 p., 19 €
Il n’y a que les Anglais pour savoir raconter l’Angleterre. Cette Angleterre-là, celle des stations des balnéaires démodées et de la middle class en manque de rêve. Et la musique qui va avec. Tucker Crowe est le roi des charts. Un jour, il laisse tout tomber, son groupe, ses fans et sa copine. Il disparait. Près de vingt ans après, un nouvel album est annoncé ; Juliet, naked met le feu aux poudres ! À Gooleness, au nord du pays, Annie prépare une exposition au Musée d’histoire naturelle, un requin échoué sur la plage pour toute vedette. Elle voit son couple se déliter, son mec est fan de Crowe, la révolution passe par Gooleness aussi. Annie est loin de se douter que ce n’est pas un requin qui va créer l’animation de sa petite ville, mais Crowe lui-même quand, fatigué de tout, il débarquera dans sa vie… Humour, crises de nerfs et musique trash, Hornby est à son apogée ! ●
UNE DOUCE FLAMME, Philip Kerr
Éditions du Masque, 430 p., 22 €
Après la guerre, tous les nazis ont disparu. Comme par enchantement. Vers des cieux plus cléments. Des cieux arrangeants. L’Argentine devient la destination en vogue des fidèles d’Hitler. Quelques années plus tôt, Bernie Gunther s’est retrouvé embringué dans la SS sans trop savoir comment. Lui qui vomissait nazis et criminels, s’est mis à les côtoyer de près. Aujourd’hui, c’est un peu difficile à expliquer aux Alliés garants d’une morale un rien rigoriste. Et Bernie se fait la malle sur un paquebot à destination de Buenos Aires. IIIe Reich pas mort tout le monde, on change de nom comme de pays et vive le Péronisme ! Le chef de la police de Buenos Aires se souvient que Bernie a été un enquêteur des plus réputés. Il lui confie une enquête salace. Des gamines prépubères au bas ventre mutilé. Bernie fonce tête baissée, cela lui rappelle une affaire du Berlin des années 1930. À croire qu’un monstre allemand a peaufiné sa technique pendant vingt ans avant de s’exiler avec son outillage en Argentine. Et Bernie part à la chasse… au nazi. Eichmann, Kuhlmann, Mengele, les gentlemen de la Waffen SS ont tous des excuses et non des moindres… Chez les Perón, on est prêt à tout pour de l’argent, même à jouer sur la corde sensible d’un détective, son cœur. L’Argentine des années 1950 n’est pas si loin de l’Allemagne des années 1940, on y trouve des nazis, des juifs et même des camps de la mort. Don’t cry for me Argentina clamait Evita, Bernie Gunther en a des frissons dans la nuque, les blondes ne sont pas des anges, tout le monde sait cela. Une confrontation fascinante entre le crime et l’Histoire, Philip Kerr a du génie, une écriture sans fioriture et un héros fort respectable dans un monde dominé par le mal. Brillant ! ●
RUPTURE, Simon Lelic
Éditions du Masque, 312 p., 19 €
C’est un été torride, pas encore les vacances, dommage, cela aurait été mieux pour tout le monde et d’abord pour Samuel Szajkowski, professeur d’histoire dans ce collège de Londres. Un nom imprononçable, diront plus tard les élèves, une personnalité sournoise affirmera le directeur, et il était juste poli et réservé s’étonnera la secrétaire… Car Samuel Szajkowski a commis l’irréparable. Il a pénétré dans le gymnase où se tenait une conférence sur la non-violence, il a sorti un pistolet, tué quatre élèves, un professeur, puis il s’est suicidé. Déprime, problèmes personnels, immigration, il s’agit, selon la police, de boucler l’enquête au plus vite. Cela tombe bien, le directeur est d’accord. C’est sans compter sur l’acharnement de l’inspecteur Lucy May. Pas de sa faute si elle ressent de la sympathie pour le meurtrier. Persécutions, mensonges, violences, quand tout s’en mêle, il n’est pas simple de crier la vérité. Un premier roman décapant qui ose raconter cette triste époque qui est la nôtre. Bluffant ! ●
LA GUERRE DE STRATTON, Laura Wilson
Éditions Albin Michel, 528 p., 24 €
Septembre 1940, les Allemands bombardent Londres, les Anglais se planquent dans leur cave et expédient leurs enfants au vert. C’est le Blitz ! Ted Stratton est flic. Il enquête sur le suicide d’une ancienne star du muet qui se serait défenestrée, maquillée et pomponnée mais sans son dentier ! Étonnant, songe Stratton, ça ne colle pas… Quand le colocataire de la star est tabassé et l’appartement fouillé, Stratton comprend que c’est d’un meurtre dont il s’agit. Dans le même temps, Diana Calthrop fait ses armes au contre-espionnage. Elle est chargée par le M5 d’infiltrer le Right Club, une organisation proche de Mosley, qui vise à débarrasser les milieux politiques et financiers britanniques de l’influence juive. Diana se rapproche de sir Neville Apse, un aristocrate au-dessus de tout soupçon, dont on dit qu’il aimerait les garçons et en ferait un usage plus que glouton. Et Diana tombe folle amoureuse d’un espion, agent double à ses heures, qui maltraite les femmes, tant mieux elles adorent ça ! Les nazis, la star du muet, l’homosexuel, plus un cadavre dans une église, tout est lié, Stratton est dans de beaux draps et c’est avec Diana qu’il aimerait les partager. La grande histoire revisitée, James Bond n’est pas loin, les Anglais si proches des nazis, attention la plupart des faits sont réels, il ne faudrait certes pas l’oublier… Un polar qu’on dit historique, cynisme et suspens à chaque page, un livre d’une justesse rare qui vient de rafler les grands prix outre-Manche. ●
LE PETIT NÉO DE LA CONVERSATION, Nicolas d' Estienne d'Orves
Éditions JC Lattès, 190 p., 10,90 €
« La langue française a ceci de délicat qu’elle est parfois d’une ambigüité redoutable. » Disons-le simplement, il y a ceux qui savent en user et les autres. Il y a ceux qui vont « manger » et ceux qui « dînent », il y a ceux qui demandent « qu’on leur remette ça » et ceux qui aimeraient bien « prendre un autre verre », il y a ceux qui font partager leurs conversations téléphoniques à tout le monde et il y en a de plus discrets… Il y a les naturels, « tu as enfin réussi à caser ta fille », et les classiques, « je suis enchanté d’appendre le mariage de Léa ». Il y a une langue que l’on appelle français et qui requiert certaines règles qui découlent d’une éducation. Quand on ne maitrise pas l’un et que l’on n’a pas l’autre, une seule solution, se munir du Petit Néo de la conversation, pour faire face à toutes les situations, avec art et distinction… ●
LA SOMNOLENCE, Jean-Pierre Martinet
Éditions Finitude, 256 p., 20 €
Est-elle folle Martha Krühl ? Méchante peut-être, méchante seulement ? Qui le sait, qui le demande, tout le monde s’en fiche, Martha Krühl est vieille, Martha Krühl est oubliée de tous. Sa vie n’est plus qu’une lente dérive entre cauchemars et fééries, elle a choisi de s’égarer dans un somnambulisme suicidaire et solitaire, le monde est étouffant, les gens sont de pauvres loques, Martha Krühl a trouvé sa réalité et elle se nomme l’enfer ! Car entre pureté et perversité, Martha a choisi, « Dieu me hait, il me hait parce que j’ai cru en lui », tant pis pour lui, Martha est passée de l’autre côté du miroir…
Premier roman écrit par Jean-Pierre Martinet, il est aussi le dernier à être réédité, le roman de la violence intérieure ou de la réalité hallucinée qui ne cessera d’habiter l’œuvre de l’écrivain et connaitra sa pleine expression dans son chef-d’œuvre, Jérôme. À lire et relire. ●
L’ENFER DES RÊVES, Theodore Roszak,
Éditions du Cherche midi, 410 p., 20 €
On dit d’elle qu’elle a un passé. Deirdre Vale a vu son mari devenir fou et tuer deux de ses enfants. Soignée à la clinique psychiatrique du docteur Devane, Deirdre devient son assistante quand le médecin découvre en elle le don de s’immiscer dans les rêves des autres… Les rêves des autres… Ceux de son mari étaient noirs et insondables, ceux de sa fille recèlent les effrois de l’adolescence, ceux de la Sœur Constantia sont perturbés par le combat du Bien et du Mal. Car la religieuse est au cœur d’une sombre machination politique et il semblerait que seule Deirdre Vale puisse lui venir en aide…
Théodore Roszak aime plonger dans les abysses de la psychologie et du fantastique, il y mène son lecteur avec une grande habileté. ●
UN PEU DE LÉGÈRETÉ DANS UN MONDE DE FILLES, collectif,
Éditions Jean Claude Gawsewitch, 96 p., 12,90 €
Une bande dessinée 100 % filles dont les droits d’auteur seront intégralement reversés à l’association « Toutes à l’école », présidée par Tina Kieffer. Sous la houlette de Pénélope Bagieu et de sa célèbre Joséphine, toute une jeune génération d’illustratrices bloggeuses ont laissé cours à leur imagination pour nous offrir un regard décalé et humoristique sur les préoccupations des femmes d’aujourd’hui. On y trouve des histoires de mecs et de régime, des emballements infernaux pour des paires de chaussures délirantes, des mensonges gros comme le Ritz et de la mauvaise foi à outrance, des adolescentes qui ont tout compris à la vie et des mères de famille qui la redécouvrent tous les jours… Légèreté, légèreté quand tu nous tiens… On soulignera le talent des dessinatrices avec une mention spéciale pour Katinka et Lu, voir leurs blogs : lemoluvi.fr et deconstructingtonino.com… ●
LA REINE CARLA, Patrick Weber
Éditions du Rocher, 210 p., 18 €
Le 9 février 2008, Nicolas Sarkozy épouse Carla Bruni et la sacre première dame de France. Ce qui ne devait être qu’une belle histoire d’amour devient une affaire politique. Et contre toute attente, Carla plaît. Il suffit d’un bibi anglais, d’un manteau grisé, de ballerines plates et d’une révérence impeccable devant la plus grande reine encore en place et Carla conquit la France, l’Angleterre et même le monde… Disparus le mannequin au sex-appeal du tonnerre, la chanteuse bobo-gaucho ou encore l’héritière italienne au patrimoine conséquent. Carla Bruni a changé de personnage une fois pour toutes et elle s’en sort bien. Aujourd’hui, si l’on dit madame la présidente très réservée quant à certains choix de son mari, on la voit parfaite en toutes circonstances, à l’anniversaire de Nelson Mandela ou aux Halles de Rungis. Étincelante et modeste, calculatrice ou généreuse, peu importe la reine Carla a gagné sa couronne et elle lui sied à merveille. ●
SALAM MAMAN, Hamid Ziarati
Éditions Thierry Magnier, 264 p., 18 €
Téhéran, sous le régime du Shah. Une famille iranienne s’apprête à fêter le Nouvel An dans le plus grand respect des traditions. Il y a là quatre enfants, soutenus par l’ambition de leurs parents, quatre enfants qui savent que le pays est en plein bouleversement politique, quatre enfants qui se séparent pour une vie meilleure en Occident. Puyan, l’ainé, soutient ardemment la révolution islamique et part à l’étranger afin de mieux préparer l’arrivée de l’ayatollah Khomeiny. Ses sœurs ne voient pas la chose de la même façon et elles sont contraintes à l’exil. Ali, le dernier, raconte avec humour et tendresse sa vie durant ces périodes troubles. Un roman sur l’exil, un pays en pleine mutation, l’espoir d’un peuple… des années après, l’espoir a fondu comme neige au soleil. L’auteur vit en Italie depuis 1981. ●
PATROUILLE DU COMTE, Pierre Gripar
Éditions l’Âge d’Homme, 192 p., 12 €
Une patrouille composée de huit enfants, conduite par un lieutenant, lui-même sous les ordres d’un capitaine, a pour mission d’aller faire la police dans le Royaume du Conte. Car il s’en passe des vertes et des pas mûres là-bas. Ainsi donc de Barbe-Bleue. Mais qu’est-ce que ce conte alambiqué qui touche ainsi aux problèmes du couple ? Est-il normal qu’un homme interdise à sa femme d’ouvrir une porte dont elle a la clé ? Tout à fait contraire au principe de l’égalité des sexes ! Et Le Petit Chaperon Rouge… Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire encore ? Une grand-mère qui fait bouillir un gros chaudron pour y mettre un loup dedans ! Et la défense des animaux alors ? Quant à La mère Michel qui a perdu son chat et au Père Lustucru qui se croit tout permis, il est grand temps que la Patrouille du Conte mette de l’ordre là-dedans… Entre Lewis Carroll et George Orwell, Gripari on n’a jamais fait mieux… ●
JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE. RÊVER L’ÉDUCATION ?, Christophe Mory
Éditions Pygmalion, 348 p., 21 €

Jean-Baptiste de La Salle croyait en l’homme. Pour peu qu’il ait suivi le droit chemin dès son plus jeune âge. Il s’ingénia donc à créer des écoles pour les enfants pauvres. Des écoles gratuites, cela s’entend. Et Jean-Baptiste de La Salle fonde la Congrégation des Frères Chrétiens. Il réalise vite que ce qu’il manque aux jeunes vagabonds ce sont des valeurs morales. Il recrute alors des maitres qui acceptent de consacrer leur vie à Dieu tout en restant laïcs. Une formation spirituelle et pédagogique tout en même temps, où l’on enseigne dans une classe et où l’on donne la primauté à la langue maternelle sur le latin… Presque une révolution en ces temps-là… Aujourd’hui les Frères des Écoles Chrétiennes sont plus de six mille dans le monde à éduquer des enfants et des adolescents qui seraient laissés pour compte sans eux. Un très bel ouvrage de Christophe Mory et une réflexion sur l’éducation plus qu’actuelle… ●
JE PEUX T’APPELER JEAN-PIERRE, Pauline Perrolet
Éditions Jean Claude Gawsewitch, 96 p., 15 €
Elles se nomment Céline, Annabelle, Laurence, Odette, Charlotte… et elles ont toutes un point commun : elles sont les héroïnes de cette BD un rien frappadingue ! Des filles comme nous avec des problèmes de mecs, comme eux ! Car il est évident qu’ils ne nous comprennent pas, il faut dire qu’ils ne font carrément pas d’efforts. Ils nous appellent quand cela fait trois heures qu’on a le nez collé contre l’écran de notre portable. Ils sont tellement moches quand nous sommes si belles et ils ne comprennent pas pourquoi on refuse de coucher avec eux. Ils regardent nos fesses quand notre cœur fait boum ! Ils nous font passer pour la méchante quand on est aux petits soins pour eux… Pour résumer, ils sont tellement loin de nous que l’on se demande pourquoi on ne peut pas vivre sans eux… Une BD dans la collection de Penelope Bagieu qui n’est pas sans rappeler parfois les meilleurs albums de Bretécher. À lire et à offrir. ●
MÊME LORSQU’ELLE RECULE, LA RIVIÈRE AVANCE, Olivier Clerc
Éditions JC Lattes, 258 p., 16 €
Comment chaque expérience quotidienne nous prépare aux plus grands changements ? Comment chaque petit rien donnera naissance à un grand moment ? Olivier Clerc se penche ici sur la dimension symbolique qui relie les phénomènes les plus divers, la nature, le monde qui nous entoure, l’infiniment petit et infiniment grand. Car tout ce qui est peut être expliqué par tout ce que nous avons en nous. Voici donc neuf nouvelles allégoriques pour narrer le sens de la vie. Ainsi du cristal et du magma, l’un porteur d’ordre et l’autre par nature chaotique. Pourtant si l’on introduit un minuscule morceau de cristal au cœur du magma, l’ordre nait et s’impose, c’est l’axe de la roue autour duquel tout s’ordonne, le noyau d’ADN au cœur de la cellule, la procréation dans sa forme la plus pure… L’auteur nous offre là un guide pour nous aider dans les moments difficiles de notre vie, on appelle cela aussi un condensé de sagesse… ●