L’Âge d’Homme, Michel Leiris
« Je viens d’avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. » Ainsi commence le récit de Michel Leiris. À l'aune des figures mythologiques qui symbolisent son rapport au monde, Leiris effectue un parallèle constant entre les épisodes de sa vie et ces deux icônes entre lesquelles sa vie balance, celle de la dévoratrice et celle de la femme blessée. Divisée en huit chapitres, l'autobiographie se clôt au moment où Leiris pense avoir atteint l'âge d'homme qui se confond, pour lui, avec la naissance de sa vocation d'écrivain. Leiris égrène ainsi les mythes intimes de son existence en se jouant de la chronologie pour mener une enquête personnelle en lui-même plutôt que de souscrire aux diktats de l’autobiographie. Sept ans après la parution de L’Âge d’Homme, en 1939, il ajoutera au texte original une préface intitulée « De la littérature considérée comme une tauromachie », dans laquelle il dévoile ses conceptions littéraires. Pour lui, « un véritable âge d’homme reste encore à écrire ». N’en demeure pas moins que ce récit autobiographique est considéré aujourd’hui comme l’œuvre majeure de l’auteur.
L’Air d’un crime, Juan Benet
Grand admirateur de William Faulkner, Juan Benet, ingénieur des Ponts et Chaussées, situe l'action de L'Air d'un crime à Région, le Yoknapatawpha de l’auteur espagnol. Paru en Espagne en 1980, et traduit sept ans plus tard aux éditions de Minuit, ce roman à la construction diabolique perd son lecteur autant qu’il le ravit.
À la recherche du temps perdu, Marcel Proust
Il est de bon ton de dire de La Recherche qu’on ne la lit pas mais qu’on la relit. Livre des livres, Du côté de chez Swann, le premier tome de cet édifice de la littérature française, paraît en 1913, chez Grasset, publié… à compte d'auteur ! Le manuscrit sera notamment refusé par André Gide, alors lecteur chez Gallimard, qui écarte l’ouvrage d’un haussement d’épaule, parce que l’auteur, au cours des premières pages, parle des « vertèbres cervicales » d’un des personnages. Longtemps, Gide se reprochera ce refus… La bibliographie consacrée à l’œuvre, en France comme à l’étranger, est la plus fournie qu’un auteur français ait jamais connue. Tout un mythe !
Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll
4 juillet 1862. Le pasteur épris de mathématique Charles Lutwidge Dodgson, plus connu sous le pseudonyme de Lewis Carroll, canote sur une rivière, l’Isis, en compagnie de la petite Alice Liddell, âgée de 10 ans. Au-dessus de son épaule, il improvise une histoire dont elle est l’héroïne. L’enfant en raffole et lui demande de coucher son récit par écrit. Le 26 novembre 1864, il offre à son inspiratrice le manuscrit des Aventures d’Alice sous terre, précieusement calligraphié et illustré. L’année suivante, trois ans jour pour jour après la promenade en barque, paraît Alice au pays des merveilles. Depuis, ce chef-d’œuvre de la littérature enfantine a conquis un public plus vaste encore. André Breton ne cachait pas son admiration pour le conte de Lewis. En 1998, un exemplaire de la première édition a été vendu à 1,5 million de dollars, vente record pour un livre destiné aux enfants.
L’Amant, Marguerite Duras
En 1984 paraît L’Amant, un récit autobiographique signé Marguerite Duras, couronné la même année par le prix Goncourt. Avec ce livre, qui connaît un succès mondial, Duras devient l'un des écrivains vivants les plus lus. Vendu à 2 400 000 exemplaires, L'Amant inspire au producteur Claude Berri un projet de film. En 1988, à sa demande, Duras s’attelle à l'écriture du scénario. Mais elle doit s’interrompre, hospitalisée dans un état grave qui la plonge dans le coma six mois durant. Pendant ce temps, Claude Berri contacte le réalisateur Jean-Jacques Annaud, qui accepte de continuer l’adaptation du roman et de le réaliser. À sa sortie de l’hôpital, à l’automne 1989, Marguerite Duras rencontre le cinéaste et se remet au travail. Leur collaboration tourne court, le film se fera sans elle. À la veille de la sortie du film en salles, en 1992, de peur d’être dépossédé de son œuvre, elle publie L'Amant de la Chine du Nord, une réécriture de son récit initial.
Anna Karénine, Léon Tolstoi
Le roman de Léon Tolstoï, paru en 1877, a d’abord été publié sous la forme d’une série dans le périodique Ruskii Vestnik. Mais le dernier feuilleton n’est pas du goût de l'éditeur Mikhail Katkov. Pour que l’histoire conçue par Tolstoï puisse paraître dans son intégralité, l’auteur est contraint de changer de support : Anna Karénine, considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature réaliste, est né. Le personnage d'Anna, inspiré de Maria Hartung, la fille aînée du poète Alexandre Pouchkine, a même fait dire à beaucoup que l’œuvre de Tolstoï était le plus grand roman du monde. Tolstoï, quant à lui, la considérait comme sa première tentative de « roman », au sens où le public européen l’entendait.
À rebours, J.K. Huysmans
Que conserver du réel quand le réel est décevant ? À rebours, par-delà son apparence de roman élitiste destiné aux happy few, n’a de cesse de poser cette question. À sa sortie en 1884, les extravagances de Jean Des Esseintes font grand bruit malgré un faible tirage. Ce chef-d’œuvre de la littérature décadente rompt avec l’esthétique naturaliste, prônée dans le manifeste des Soirées de Médan. Émile Zola fulmine, comme le rappelle Huysmans dans la préface datée de 1903 : « Je n’admets pas que l’on change de manière et d’avis ; je n’admets pas que l’on brûle ce que l’on a adoré. »
L’Assommoir, Émile Zola
Publié en 1877, L’Assommoir est le septième volume du cycle des Rougon-Macquart. Consacré aux classes laborieuses, ce roman est pour Émile Zola le premier roman à avoir « l’odeur du peuple ». L’écrivain y restitue la langue et les mœurs du peuple, mais aussi les ravages de la misère et de l’alcoolisme. L’Assommoir a connu un énorme succès, assurant la fortune de son auteur. Pourtant, la polémique enfle. La droite reproche à Zola la pornographie de son roman tandis que la gauche l’accuse de salir le peuple. Zola s’est défendu, dans sa préface, de l’un et l’autre grief : « J’ai voulu peindre la déchéance fatale d’une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs. Au bout de l’ivrognerie et de la fainéantise, il y a le relâchement des liens de la famille, les ordures de la promiscuité, l’oubli progressif des sentiments honnêtes, puis comme dénouement la honte et la mort. C’est la morale en action, simplement. L’Assommoir est à coup sûr le plus chaste de mes livres. »
Au-dessous du volcan, Malcolm Lowry
En 1936, Malcolm Lowry débute la rédaction de son roman, Au-dessous du volcan. Une première version est achevée en 1940, mais elle est refusée en bloc par les éditeurs auxquels il la soumet. Avec l’aide de Margerie Bonner, qu’il a épousée en 1941, Lowry remanie son texte. En juin 1944, le manuscrit échappe de peu à l'incendie de la baraque que le couple habite sur la plage, près de Dollarton, sur la baie de Burrard Inlet. En 1945, la version définitive du roman est enfin acceptée. Après des années d’errance, Au-dessous du volcan, publié en 1947, propulse Malcolm Lowry sur le devant de la scène littéraire internationale. L’écrivain annonce qu’il n’a livré là que le premier volume d’une trilogie, inspirée de La Divine Comédie de Dante. La maison d’édition Random House s’entiche de Lowry et lui propose de signer un contrat en vue de la publication d’un vaste cycle romanesque. Mais l’écrivain ne parvient à achever aucun des manuscrits promis. Au-dessous du volcan devient alors un « livre-culte », une météorite dans le ciel littéraire du XXe siècle.
Belle du Seigneur, Albert Cohen
En 1968, Belle du seigneur reçoit le Grand Prix de l'Académie française. Après 30 ans d’écriture, c’est la consécration pour Albert Cohen. Dans les rues du Quartier latin où les femmes réclament à grands cris la libération sexuelle, le roman est taxé de phallocratie. Œuvre majeure de l’auteur, ce livre est pourtant considéré par certains critiques comme l’un des romans centraux de la littérature française. C’est à ce titre, d’ailleurs, que la Pléiade le publie en 1986. Le 23 décembre 1977, une interview exclusive menée par Bernard Pivot, diffusée lors de l’émission télévisée « Apostrophes », propulse Albert Cohen sur devant de la scène littéraire.
Les Belles endormies, Kawabata Yasunari
Eguchi est l’un des « clients de tout repos » des belles endormies. Au contact de leur nudité, fières de jeunesse, il est assailli par des souvenirs érotiques et des visions poétiques. Lové contre ces « sortes de Bouddhas », il se livre à son auto-analyse. Quelques mois après la parution des Belles endormies, en 1970, son disciple et ami Mishima se suicide par seppuku. Kawabata, à l’aube de sa vie, est très affecté par cette perte, deux ans après que le prix Nobel de littérature l’ait sacré et ait assis sa notoriété mondiale… Aujourd’hui, Kawabata Yasunari est unanimement considéré comme un écrivain majeur du XXe siècle. Homme complexe et secret, moderniste ancré dans ses traditions culturelles et fin connaisseur de la littérature occidentale, il laisse une œuvre d'une beauté intemporelle qui relie l'Orient à l'Occident dans un style d'écriture très personnel.
La Bible
La Bible, dans la version latine de saint Jérôme, est le premier livre qui soit sorti des presses de Gutenberg. À la date du 31 décembre 2007, la Bible, en totalité ou en partie, avait été traduite en 2 454 langues. 95 % des êtres humains ont ainsi accès à ce texte dans une langue qu’ils comprennent.
Cent ans de solitude, Gabriel García Márquez
Rédigé en 1965 au Mexique, Cent ans de solitude est publié deux ans plus tard à Buenos Aires, en Argentine. Ce roman qui raconte le parcours de la famille Buendia sur six générations, condamnée par la prophétie du gitan Melquíades à vivre cent ans de solitude dans le village imaginaire de Macondo, est tiré à 8 000 exemplaires. Aujourd’hui, le chef-d’œuvre de García Márquez, qui a obtenu le prix Nobel en 1982, est considéré comme une œuvre maîtresse de la littérature universelle et a été traduit dans 35 langues. À ce jour, à peu près 30 millions d'exemplaires ont été vendus dans le monde entier.
Les Chants de Maldoror, Comte de Lautréamont
Le premier chant de ce poème en prose paraît en 1868, sous couvert de l’anonymat, deux ans avant la mort de son auteur, à 24 ans. Isidore Lucien Ducasse, plus connu sous le pseudonyme de comte de Lautréamont, a écrit de son vivant dans l’ignorance de ses contemporains. Il faudra attendre 1885 pour que Max Waller, le directeur de la Jeune Belgique, publie un extrait de son œuvre et fasse découvrir au grand public celui qui préfigure l’avant-garde littéraire européenne. Alfred Jarry rendra hommage à « cet univers pataphysique ». Philippe Soupault, Louis Aragon et André Breton considèreront Les Chants de Maldoror comme l’une des premières fictions surréalistes.
La Chartreuse de Parme, Stendhal
À l’orée de ce grand roman débute « cette chasse au bonheur », source de toutes les inconséquences de « notre héros », Fabrice, mais aussi de ses plus grandes félicités. Avec ces Français qui débarquent en Lombardie en mai 1796, « c’est une masse de bonheur et de plaisir qui fait irruption ». Le roman tout entier est placé sous le sceau de l’allégresse, le patronage souriant de l’Arioste le rappelle : « Gia mi fur dolci inviti a empir le carte i luoghi ameni. » Ironie, dérision, humour, lyrisme, rien n’est étranger à la prose stendhalienne. Les silences de l’œuvre, de ceux que l’on recherche dans les cloîtres et sous les voûtes des chartreuses italiennes, bouleversent l’âme et emportent les sens… À cette exigence d’être heureux à tout prix – même s’il faut inonder une ville toute entière ou s’en aller se recueillir au pied de son arbre, sous le coup d’une arrestation – répond un modus scribendi. Le roman célèbre avant tout le bonheur d'écrire – chez un homme qui sait l’amertume des fiascos en tous genres – le bonheur du conte qui se développe pour son propre compte.
Balzac, qui a donné ses lettres de noblesse au genre romanesque, ne s’y est pas trompé : dans la lettre qu’il adresse à Stendhal à la suite de la parution de La Chartreuse de Parme, il le nomme « le roi des romanciers du présent siècle ». Pourtant, jusqu’au début du XXe siècle, la beauté de ce roman n’est goûtée que par les happy few. Aujourd’hui, un débat agite le fan-club de Stendhal : il y aurait une ligne de démarcation, politique autant que littéraire, entre ceux qui prisent davantage Le Rouge et le Noir, les « rougistes », et les autres qui ne jurent que par La Chartreuse de Parme les « chartristes ».
La Condition humaine, André Malraux
Au début des années 1920, alors qu’il a abandonné ses études secondaires, André Malraux, qui mène des recherches archéologiques, explore l’Extrême-Orient. En 1933, avec La Condition humaine, il clôt la trilogie que lui a inspirée cette région du monde, débutée cinq ans auparavant avec Les Conquérants et suivie de La Voie Royale. D’abord publié en extraits dans la Nouvelle Revue française et dans Marianne, La Condition humaine, paru chez Gallimard, obtient le prix Goncourt. On raconte que Staline aurait interdit au cinéaste Sergueï Eisenstein de mettre en scène le roman de Malraux. En 1996, lors de la célébration du 20e anniversaire de sa mort, les cendres de Malraux seront transférées au Panthéon à l'instigation de Pierre Messmer.
Les Confessions, Jean-Jacques Rousseau
Dans les dernières années de sa vie, Jean-Jacques Rousseau se sent persécuté. Cette impression est renforcée par la parution d’un pamphlet anonyme, attribué par la suite à Voltaire, dans lequel on l’accuse d’avoir abandonné ses enfants, discréditant ainsi les leçons d’éducation qu’il a dispensées dans son Émile ou De l’Éducation (1762). En 1765, il entreprend la rédaction de ses Confessions, pour se justifier et répondre aux nombreuses accusations dont il est la cible. Chef d’œuvre de la littérature française, Les Confessions, composées de douze livres, sont considérées comme la première autobiographie moderne, selon la définition que Philippe Lejeune donne du terme. La publication de l’œuvre est posthume : la première partie (livres I à VI) a été publiée en 1782 et la seconde (livres VII à XII) en 1789.
Crime et Châtiment, Fiodor Dostoïevski
En avril 1849, Dostoïevski est arrêté et emprisonné parce qu’il fréquente le cercle du socialiste utopiste Mikhaïl Petrachevski. Après un simulacre d’exécution sur la place Semenov, le 22 décembre 1849, il est gracié par le tsar et la peine est commuée. Dostoïevski est déporté dans un bagne de Sibérie. Dans les baraquements d’Omsk, il partage sa vie avec des forçats de droit commun. Il écrit dans sa correspondance : « J'étais coupable, j'en ai pleine conscience… J'ai été condamné légalement et en bonne justice… Ma longue expérience, pénible, douloureuse, m'a rendu ma lucidité… C'est ma croix, je l'ai méritée… Le bagne m'a beaucoup pris et beaucoup inculqué. » Cette période déterminante va marquer son œuvre et lui inspirera une partie de Crime et Châtiment, un des chefs-d’œuvre de la littérature russe. Bien que paru en 1866, ce roman peut être considéré comme le précurseur de la littérature de l’aliénation, que l’on retrouve au XXe siècle sous la plume d’auteurs comme Beckett ou Camus.
Le Décaméron, Giovanni Boccace
Recueil de nouvelles écrit en langue italienne, et non en latin, Le Décameron inaugure, au XIVe siècle, le genre de la nouvelle. Afin d’échapper à l'épidémie de peste qui ravage la ville de Florence en 1348, sept jeunes femmes et trois jeunes hommes se réfugient dans la campagne toscane. Chacun d’entre eux, à son tour nommé roi ou reine, choisit un thème à traiter et l’illustre par une courte histoire qu’il raconte. Cent brefs récits savoureux, qui inspireront L'Heptaméron de Marguerite de Navarre, Les Contes de Canterbury de Chaucer en 1380 et, au XXe siècle, le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini.
De sang-froid, Truman Capote
En 1959, deux jeunes hommes tuent une famille entière à Holcomb, dans le Kansas, sans mobile apparent. Truman Capote, après avoir lu un entrefilet qui relate le drame dans le New York Times daté du 16 novembre 1959, se passionne pour ce fait-divers. Il quitte New York et part s'installer à Holcomb, afin de recueillir les témoignages des habitants de la ville et des autorités locales. Il interroge surtout les assassins, Smith et Hickock, retrouvés et emprisonnés, dans l’attente de leur jugement. En avril 1965, ils sont exécutés. De sang-froid, un roman noir de non-fiction, peut enfin paraître. À sa sortie en janvier 1966, le succès du livre est immédiat et se vend à plus de huit millions d'exemplaires. Truman Capote est au faîte de sa gloire. Pourtant, il sombre très vite dans la dépression, bouleversé à jamais par sa rencontre avec Perry Smith, l'un des deux assassins qu’il avait reconnu comme son double.
Le Désert des Tartares, Dino Buzzati
Dans ce roman empreint d’un mystère inquiétant, les soldats d’une garnison attendent d’un jour à l’autre l’attaque de l’ennemi tartare, qui doit provenir du Nord… Toutes les nuits, de 1933 à 1939, Dino Buzzati reste enfermé dans son bureau, absorbé par un travail plutôt monotone et fatigant ; le temps passe et il se demande s’il en sera toujours ainsi. Une fois son travail au Corriere della Sera achevé, il rentre chez lui, se glisse dans son lit et écrit avec la lenteur propre à son écriture aux formes anguleuses. Le Désert des Tartares est né. Le roman paraît en Italie en 1940, mais il faudra encore attendre neuf ans pour que le public français le découvre. Le Désert des Tartares a œuvré à la notoriété de l'auteur et a connu un succès mondial.
La Divine Comédie, Dante Alighieri
La Divine Comédie est divisée en trois cantiques composés de trente-trois chants chacun. Ce découpage renvoie à la symbolique des nombres. On distingue cent chants : le chiffre 1 traduit l’Unité tandis que la répétition du chiffre 3 peut être associée à la Trinité. L’adjectif « divine », s’il est employé par Dante dans une lettre, ne fut donné au poème que plus tard, par Boccace, qui le commentait publiquement à Florence. Ce voyage imaginaire va mener le poète Dante, guidé par Virgile et Béatrice, de l’Enfer au Paradis, en passant par le Purgatoire. Poème-somme, La Divine Comédie a inspiré tous les arts, de la peinture au cinéma, en passant par l’architecture et la littérature.
Don Quichotte, Cervantès
Don Quichotte est le nom de chevalier errant que s’est choisi un pauvre hidalgo de la Manche, nourri de tant de livres sur la chevalerie qu’il en devient fou. En janvier 2005, pour commémorer les 400 ans de la parution du roman de Cervantès, la région Castille-La Manche, d'ordinaire écartée des circuits culturels, avait organisé des centaines d'activités, dont un congrès en… moulinologie ! De grands écrivains se sont intéressés au héros de Cervantès : Jorge Luis Borges, José Saramago, Günter Grass… Michel Foucault écrivait dans Les Mots et les choses : « Don Quichotte est la première des œuvres modernes puisqu’on y voit la raison cruelle des identités et des différences se jouer à l’infini des signes et des similitudes ; puisque le langage y rompt sa vieille parenté avec les choses, pour entrer dans cette souveraineté solitaire d’où il ne réapparaîtra, en son être abrupt, que devenu littérature ; puisque la ressemblance entre là dans un âge qui est pour elle celui de la déraison et de l’imagination. La similitude et les signes une fois dénoués, deux expériences peuvent se constituer et deux personnages apparaître face à face. »
L’Écriture ou la vie, Jorge Semprún
En septembre 1943, Jorge Semprún est arrêté par la Gestapo et, après un séjour à la prison d'Auxerre, il est déporté au camp de concentration de Buchenwald. Après trente ans « d’amnésie volontaire », selon ses dires, paraît L'Écriture ou la vie, qui mêle son autobiographie à la sortie des camps et une réflexion sur la difficulté de raconter l’expérience de la déportation. Il reçoit le Prix de la paix des éditeurs et libraires allemands et le Prix Fémina Vacaresco, puis, en 1995, le Prix littéraire des droits de l'Homme et le prix de la ville de Weimar. À un journaliste qui l’interroge en 2005 au sujet de la commémoration de la libération des camps, Semprun répond : « Le lien social est fait de rituels inévitables. Ce qui m’énerve beaucoup dans les commémorations, c’est ce côté "plus jamais ça". Il faudrait inverser les choses. Plutôt que de parler des crimes de Hitler, parlons de la xénophobie actuelle, des crimes racistes. La vraie commémoration, au sens profond et noble du terme, c’est celle que propose Zoran Music, un des seuls grands peintres de la déportation qui, retravaillant les dessins clandestins qu’il a faits à Dachau, intitule son exposition Nous ne sommes pas les derniers. »
L’Écume des jours, Boris Vian
Composée en 1946, rédigée aux dos d’imprimés de l’AFNOR, l’Association française de Normalisation pour laquelle Boris Vian travaillait alors, l’édition originale, dédiée à sa première épouse Michelle, sera publiée le 20 mars 1947 aux éditions Gallimard/NRF. Bien que plébiscité par ses amis Raymond Queneau et Jean-Paul Sartre – le Jean-Sol Partre du roman – qui en avait publié des extraits dans le numéro d’octobre 1946 des Temps Modernes, le roman n’aura aucun succès du vivant de son auteur. Depuis, L’Écume des jours est devenu un classique de la littérature et a été lu par des millions d’adolescents dans le monde entier.
L’Étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde, Robert Louis Stevenson
L’air de ce roman, paru en 1886, est connu : dans un Londres crépusculaire et labyrinthique, théâtre d’ombres, sévit un étrange oiseau de nuit qui terrifie les petites filles et assassine les notables. Mr Hyde, cet « homme qui se cache » – dans les bas-fonds des villes et des êtres –, à la hideur repoussante, ne défraierait pas tant la chronique des gazettes victoriennes s’il n’était pas mystérieusement lié à l’honorable docteur Jekyll… Mais « l’inquiétante étrangeté » – pour reprendre la formule que Freud applique à la Gradiva de Jensen –, source de fascination, est ailleurs. Elle réside dans les lacunes narratives d’un récit qui donne pourtant l’apparence, avec la lettre posthume de Jekyll, d’avoir levé toutes les zones d’ombre qui pouvaient subsister. Stevenson a été salué avec enthousiasme par ses plus grands contemporains, Henry James allant jusqu’à le considérer comme le plus grand romancier de son temps.
L’Étranger, Albert Camus
L’Étranger paraît en 1942. Il est le roman du « cycle de l'absurde », trilogie composée également d’un essai (Le mythe de Sisyphe) et d’une pièce de théâtre (Caligula) qui jettent les fondements de la philosophie camusienne. Trois ans après avoir reçu le prix Nobel de littérature, Camus se tue dans un accident de voiture : le 4 janvier 1960, au Petit-Villeblevin, dans le département de l’Yonne, la Facel Vega FV3 conduite par son ami Michel Gallimard, le neveu de l'éditeur, quitte la route et percute un arbre. Depuis, L’Étranger a été traduit en 40 langues et adapté au cinéma par Luchino Visconti en 1967. Dans une de ses dernières interviews, ainsi Camus parlait-il de son héros, Meursault : « J'ai résumé L'Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu'elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu'il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société ou il vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c'est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir. »
Les Faux-Monnayeurs, André Gide
Publié en 1925 dans la NRF, Les Faux-monnayeurs sont présentés comme le premier roman de son auteur, alors que ses précédents livres sont baptisés du nom de « récit » ou de « sotie ». Gide révolutionne les techniques de l’écriture romanesque à l’œuvre dans les années 1920. Un an plus tard, Gide publie Le Journal des Faux-Monnayeurs, dans lequel il justifie ses partis pris. Ce roman aujourd'hui est considéré comme l'un des plus importants du XXe siècle, anticipant les recherches formelles du Nouveau Roman.
La Ferme des animaux, George Orwell
Mise en cause sévère du totalitarisme soviétique, La Ferme des animaux a été publiée en 1945, traduite en France en 1947. À l'origine, George Orwell avait écrit une préface dans laquelle il dénonçait la censure gouvernementale de son œuvre, alléguant que les Britanniques, en supprimant les critiques à l’endroit de l’Union soviétique, voulaient ménager les susceptibilités de son allié pendant la Seconde Guerre mondiale. Comble de l’ironie, la préface fût elle-même mise à l’index et brille par son absence dans la plupart des copies du livre.
Fermina Márquez, Valery Larbaud
Valery Larbaud parlait l’anglais, l’allemand, l’italien et l’espagnol. Il a fait connaître les grandes œuvres étrangères : celle de Samuel Butler, dont il fut le traducteur, ainsi que celle de James Joyce dont il fut le correcteur-superviseur pour la traduction d'Ulysse. Pourtant, son œuvre littéraire est longtemps restée cantonnée à un public confidentiel. En 1911, ce roman autobiographique qui évoque le vert paradis des amours enfantines obtient toutefois quelques voix au Goncourt.
Le Festin nu, William Burroughs
Figure emblématique de la Beat Generation, aux côtés de Jack Kerouac et Allen Ginsberg, William Burroughs fait éditer en France Le Festin nu par Olympia Press, en 1959. Le livre a été composé entre 1954 et 1957, à l’époque où Burroughs réside au Maroc, à Tanger. Écrit sous l'influence de psychotropes, Le Festin nu est poursuivi pour obscénité à sa sortie aux États-Unis en 1962. Le roman est interdit, avant d’être réhabilité en 1966, décision qui a servi la lutte contre la censure en Amérique.
Les Filles du feu, Gérard de Nerval
C’est sous ce titre tellurique que Gérard de Nerval a réuni huit nouvelles et douze sonnets publiés en janvier 1854, un mois et demi après la révélation de sa démence faite par Alexandre Dumas dans la presse. De la clinique du docteur Blanche où il est interné, Nerval dédicace son recueil à l’auteur des Trois mousquetaires : « Je vous dédie ce livre, mon cher maître, comme j’ai dédié Lorely à Jules Janin. J’avais à le remercier au même titre que vous. Il y a quelques années, on m’avait cru mort et il avait écrit ma biographie. Il y a quelques jours, on m’a cru fou, et vous avez consacré quelques-unes de vos lignes les plus charmantes à l’épitaphe de mon esprit. Voilà bien de la gloire qui m’est échue en avancement d’hoirie. Comment oser, de mon vivant, porter au front ces brillantes couronnes ? » Un an plus tard, jour pour jour, on le retrouve pendu aux barreaux d'une grille qui fermait un égout de la rue de la Vieille-Lanterne, à Paris.
Frankenstein ou le Prométhée moderne, Mary Shelley
En 1816, Mary Shelley se repose à Cologny, une petite ville suisse proche de Genève, en compagnie de son poète de mari et de leur ami Lord Byron. La pluie qui tombe sans cesse contraint le trio à de longues conversations au coin du feu. Au cours d'une discussion sur la littérature allemande, Mary Shelley a l'idée d'un roman qui raconterait la création d'un homme, à partir d’une énergie d'essence divine, le « feu du ciel ». L'époque en est à la maîtrise de l'électricité, encore balbutiante et empreinte de magie. Frankenstein ou Le Prométhée moderne est né ! Publié deux ans plus tard, ce roman gothique est considéré aujourd’hui comme le précurseur des romans de science-fiction. Il a inspiré de nombreuses adaptations cinématographiques, depuis la première, en 1931, dans laquelle Boris Karloff tenait le rôle de la créature.
Les Frères Karamazov, Fiodor Dostoïevski
« Mais alors, que deviendra l'homme, sans Dieu et sans immortalité? Tout est permis, par conséquent, tout est licite? » demande Dmitri Karamazov à Rakitine. En 1880, quelques mois avant l’hémorragie qui emporte Dostoïevski, paraît Les Frères Karamazov, reconnu comme le plus grand roman de son auteur. Les relations complexes que Fyodor entretient avec ses quatre fils permettent une exploration des composantes de la société russe de la fin du XIXe siècle .Freud, malgré son aversion pour le russe, le tient pour le « roman le plus imposant qu'on ait jamais écrit » et le classe parmi les trois plus grands drames de l'Histoire, aux côtés d’Œdipe-Roi de Sophocle et de Macbeth de Shakespeare.
Gatsby le Magnifique, Francis Scott Fitzgerald
C'est sur la Côte d'Azur, où le succès de son premier roman, L’Envers du Paradis (1920), lui a permis d’immigrer, que Francis Scott Fitzgerald écrit Gatsby le Magnifique. Son ami Ernest Hemingway, qui a lu le manuscrit à la terrasse de La Closerie des Lilas, est enthousiaste. Maxwell Perkins, des éditions Scribner's, qui publie Fitzgerald depuis ses débuts, aussi… et promet à Gatsby un futur glorieux. Le roman paraît en 1925. Malgré de bonnes critiques, les lecteurs se montrent frileux et les ventes du livre ne décollent pas : sur les 75 000 ventes escomptées, moins de 24 000 exemplaires furent vendus jusqu'à la mort de l'auteur en 1940 ! L’année même de sa publication, le livre est retiré des étals des libraires, faute de public. Le roman tombe peu à peu dans l’oubli malgré une réédition en 1934. Les années 1950 le remettront à l’honneur, pour de bon cette fois ! Gatsby le Magnifique est aujourd’hui considéré comme l'un des romans les plus importants de la littérature américaine du XXe siècle.
Gargantua, Rabelais
Selon le Hugo des Choses vues, c’est à Rabelais que l’on devrait l’importation de la laitue romaine en France ! Une légende à la truculence de la prose de celui qui se désigne comme « l’Abstracteur de Quinte Essence » ! La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, intitulé plus simplement Gargantua, est le deuxième roman de François Rabelais et l’œuvre la plus célèbre de la Renaissance française. La première publication datée du Gargantua remonte à 1535. Bien qu’écrit après Pantagruel, publié en 1532, Gargantua est le père de ce dernier. Ainsi, quand en 1542 les deux ouvrages paraissent simultanément, Gargantua sera placé en tête. Pour tromper la censure de la Sorbonne, qui avait condamné Pantagruel en 1534 pour obscénité, Rabelais publie en vain Gargantua sous le même pseudonyme que Pantagruel, Alcofrybas Nasier, l’anagramme de son patronyme.
La Grande Beune, Pierre Michon
Dans ce roman paru en 1996, c’est avec beaucoup de majesté que Pierre Michon dit ce monde aux confins de la Dordogne et du Temps, cet univers de chasseurs et de pêcheurs dans lequel il échoue, alors qu’il vient à peine d’avoir 20 ans, pour y prendre son premier poste d’instituteur. Un travail d’orfèvre, des phrases ciselées, polies à la pierre ponce de l’encrier, comme les galets roulés et charriés par la Beune. Une langue-bijou qui s’invente à chaque instant, sertie de néologismes et de créations lexicales, mais aussi une langue qui se souvient d’elle-même et s’enracine dans le terroir de ses origines. Michon ressuscite ainsi un passé immémorial, archaïque et dans le flux de ses phrases s’inscrit la continuité d’un Temps qui mène des grottes de Lascaux aux armoires vitrées des petites classes du primaire. Une écriture du désir aussi, qui façonne le monde à l’aune des émois du jeune homme, suscités par la beauté souveraine d’Yvonne : « Le monde était une chair blanche, un beau morceau », ce monde tout en contrastes, écartelé entre le pôle de la fluidité du féminin et celui de la rugosité du masculin. Récit minéral enfin, comme ces vins blancs qui roulent leurs cailloux sous le palais et enchantent les sens, ce condensé de Temps mis en bouteille ou couché sur la page blanche.
Le Grand Meaulnes, Alain-Fournier
Le nom d’Alain-Fournier, pseudonyme d'Henri Alban Fournier, figure sur les murs du Panthéon dans la liste des 497 écrivains morts au champ d'honneur, aux côtés de celui Montesquiou, de Péguy, de Pergaud… Fauché lors des premiers affrontements du côté de Verdun, Alain-Fournier vient de publier son premier – et dernier – roman, Le Grand Meaulnes : François, le jeune narrateur de 15 ans, est le fils de M. et Mme Seurel, instituteurs de Sainte-Agathe, en Sologne. Il fréquente le Cours Supérieur qui prépare au brevet d’instituteur. Un mois après la rentrée, un nouveau compagnon de dix-sept ans vient habiter chez eux. « L’arrivée d’Augustin Meaulnes fut pour moi le commencement d’une vie nouvelle » écrit François. La personnalité mystérieuse d'Augustin, que les élèves appellent bientôt « le grand Meaulnes », va troubler le rythme monotone de l'établissement scolaire et fasciner tous les élèves… Porté disparu jusqu’en 1991, le corps d’Alain-Fournier sera retrouvé dans une fosse commune allemande. Lui a survécu son roman, l'un des plus grands classiques de la littérature française.
Guerre et paix, Léon Tolstoï
Rite de passage pour lecteur averti, Guerre et Paix, paru entre 1865 et 1869 dans un périodique russe, fait figure de monument de la littérature mondiale. Son auteur, Léon Tolstoï, est l’un des géants de l’âge d’or de la littérature russe, commencé avec Pouchkine, son cousin éloigné, en 1820 et achevé en 1880 à la mort de Dostoïevski. Sa richesse psychologique et le réalisme de ses détails classe Guerre et Paix parmi les romans majeurs de l’histoire de la littérature. Le destin de deux familles russes au début du XIXe siècle, les Rostov et les Bezoukhov, lors des campagnes militaires contre Napoléon a engendré un nouveau genre fictionnel, en cassant de nombreux codes romanesques de l’époque. À sa sortie, bien que de nombreux critiques ne le considèrent pas comme un roman, Guerre et Paix rencontre un immense succès, à la grande surprise de son auteur, convaincu que son œuvre passerait inaperçue.
L’Homme sans qualités, Robert Musil
2000 pages pour un chef-d’œuvre inachevé ! S’il a suscité peu de réactions à sa sortie au début des années 1930, L'Homme sans qualités est aujourd’hui considéré comme l’une des œuvres fondatrices de la littérature romanesque moderne, aux côtés d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust et d’Ulysse de James Joyce. L’arrivée des nazis au pouvoir, en 1933, contraint Musil à l’exil. Il émigre à Vienne, puis, en 1938, en Suisse. Sans le sou, ruiné par la maladie, Musil ne vient pas à bout de son manuscrit. Dans les années 1950, le journaliste et l’écrivain allemand Adolf Frisé, en éditant des extraits du roman, contribue à la redécouverte de l’écrivain tombé dans l’oubli.
Illusions perdues, Honoré de Balzac
Paru en 1843, Illusions perdues est l’une des œuvres centrales de La Comédie humaine. Lucien, fils d’un imprimeur de province, vient chercher la gloire littéraire à Paris… L’auteur de cette satire féroce des milieux de l’édition et de la librairie, sous la monarchie de Juillet, sera encensé à l’aube du siècle suivant par Marcel Proust, dans son essai Contre Sainte-Beuve : « Ce même homme qui étale naïvement des vues historiques, artistiques, etc., cache les plus profonds desseins, et laisse parler d’elle-même la vérité de la peinture du langage de ses personnages, si finement qu’elle peut passer inaperçue, et il ne cherche en rien à la signaler. »
L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera
En 1981, l’écrivain tchèque Milan Kundera obtient la nationalité française. En 1982, il écrit son cinquième roman, L'Insoutenable légèreté de l'être qui est publié en France en 1984. L'intrigue, qui se situe dans le contexte du Printemps de Prague, puis de l'invasion du pays par l’URSS, s'articule autour de la vie des artistes et des intellectuels praguois.
L’Invention de Morel, Adolfo Bioy Casares
En 1932, Adolfo Bioy Casares fait la rencontre de Jorge Luis Borges. Naît entre les deux hommes une amitié fructueuse, qui sera déterminante pour Bioy Casares. Après avoir renié ses six premiers ouvrages, l’écrivain argentin se fera connaître du grand public en 1940 avec la parution de L’Invention de Morel. Son roman s’inspire de L’Ile du docteur Moreau tout en récusant les conventions du livre de H.G.Wells. Depuis, cette fable est devenue un classique de la littérature contemporaine, adaptée au grand écran en 1961 par Alain Resnais. Cette année-là, L'année dernière à Marienbad remporte le Lion d'or de la Mostra de Venise. En 1990, l’ensemble de l’œuvre de Bioy Casares est couronnée par le Prix Cervantès, la distinction la plus prestigieuse de la littérature écrite en langue espagnole.
Jacques le Fataliste, Denis Diderot
« Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe. D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? » Jacques, valet féru de métaphysique, chemine à cheval aux côtés de son maître… Au fil de leurs déambulations s’enchâssent une multitude de récits… Conçu à partir de 1765, Jacques le Fataliste paraît d'abord en feuilleton dans la revue de Grimm, La Correspondance littéraire, de 1778 à 1780, mais Diderot ne cessera d’augmenter son roman jusqu'à sa mort. Avant d’être publié pour la première fois en France en 1796, soit douze ans après la mort de celui que seule intéressait la postérité, Jacques le Fataliste sera d’abord connu outre-Rhin, notamment grâce aux traductions de Schiller et de Mylius. Ce roman déroutant puise en grande partie son inspiration dans la Vie et opinions de Tristram Shandy de Laurence Sterne, paru quelques années auparavant.
J’avoue que j’ai vécu, Pablo Neruda
Après Gabriela Mistral en 1945 et Miguel Ángel Asturias en 1967, Pablo Neruda obtient le 21 octobre 1971 le prix Nobel de littérature. En 1973, le coup d’État qui reverse le président chilien Salvador Allende est fatal à l’écrivain chilien : sa maison à Santiago est saccagée et ses livres sont brûlés. Pablo Neruda meurt douze jours plus tard, emporté par un cancer du pancréas. L’année suivante paraissent, à titre posthume, ses Mémoires qui tiennent tout autant de l’autobiographie que des réflexions nourries par l’art du poète : « Ma vie est une vie faite de toutes les vies : les vies du poète. »
Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne
Arrêté en 1945 pour avoir critiqué Staline dans sa correspondance privée, et condamné à huit ans de bagne, Alexandre Soljenitsyne acquiert une renommée internationale avec la parution, en 1963, d’Une journée d’Ivan Denissovitch. Pour la première fois, l’existence du goulag et de ses atrocités sont révélées au grand public. Bien que son roman soit d’abord paru en 1962 dans la revue soviétique Novy Mir, grâce à l'autorisation de Nikita Khrouchtchev, il va devenir de plus en plus difficile pour Alexandre Soljenitsyne de publier ses écrits en URSS, en permanence surveillé par le KGB. En 1970, il reçoit le Prix Nobel de littérature, récompense qu’il ne percevra que quatre ans plus tard, après son expulsion d’URSS. Soljenitsyne n'avait pas pu aller chercher le prix à Stockholm, de peur d'être déchu de sa nationalité soviétique et de ne pouvoir rentrer dans son pays.
Le Joueur d’échecs, Stefan Zweig
Sur un paquebot, s’opposent deux champions d’échecs que tout sépare : le champion en titre, d’une origine modeste mais tacticien redoutable, et un aristocrate qui n’a pu pratiquer son jeu que mentalement, isolé dans une geôle privée pendant la répression nazie. La nouvelle de Stefan Zweig, Le Joueur d’échecs, est publiée à titre posthume en 1943, un an après la fin tragique de l’écrivain. En 1934, il avait fui l’Autriche pour s’exiler en Angleterre, à cause des persécutions des nazis. En 1938, l'adaptation cinématographique de son roman Brûlant secret attise la colère des Allemands : ses œuvres sont brûlées à Berlin. En 1941, il s’installe au Brésil : il s’y suicide le 23 février 1942, avec Lotte, désespéré par le devenir de l’Europe.
Justine ou les Malheurs de la vertu, Marquis de Sade
Le Marquis de Sade meurt le 2 décembre 1814 à l’asile de Charenton, ses textes sont détruits. Occultée et clandestine pendant tout le XIXe siècle, son œuvre littéraire est réhabilitée au XXe siècle, malgré la censure officielle, active jusqu’en 1960. En 1990, le divin Marquis fait son entrée dans la Bibliothèque de la Pléiade. L’enfer sur papier Bible ! Justine ou les Malheurs de la vertu est le premier ouvrage de Donatien Alphonse François de Sade, publié de son vivant, en 1791, un an après avoir été rendu à la liberté par la Révolution et l’abolition des lettres de cachet. C’est aussi la deuxième version de cette œuvre emblématique, sans cesse réécrite par Sade tout au long de sa vie.
Kaputt, Curzio Malaparte
« Napoléon s'appelait Bonaparte, et il a mal fini : je m'appelle Malaparte et je finirai bien. » Né en Toscane de père allemand, Kurt-Erich Suckert renonce en 1925 à son patronyme, après avoir lu un pamphlet intitulé I Malaparte e i Bonaparte, pour adopter celui de Curzio Malaparte. En 1941, il débute au front, sous les yeux de la Gestapo, l’écriture de Kaputt, qui fait scandale à sa sortie en Italie en 1944. Un roman gai et cruel, dans lequel Malaparte témoigne de son expérience de correspondant de guerre à l'Est.
Last Exit to Brooklyn, Hubert Selby
Dans les années 1950, Hubert Selby, souvent cloué au lit et fréquemment hospitalisé à la suite d’une faiblesse pulmonaire chronique, choisit d’épouser une carrière littéraire. Son premier roman, Last Exit to Brooklyn, une collection d'histoires qui se déroulent toutes à Brooklyn, déclenche de nombreuses controverses à sa publication en 1964. Selby fait l'objet d'un procès pour obscénité en Angleterre, le livre est interdit de traduction en Italie. Dans plusieurs États d'Amérique, Last Exit to Brooklyn est refusé à la vente aux mineurs. Le roman se vend pourtant à près de 750 000 exemplaires la première année. Depuis, il a été traduit dans le monde entier.
Les Liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos
La véritable révolution, en tous les domaines, est celle accomplie durant le siècle des Lumières. Révolution dans les alcôves et dans les bibliothèques, où la littérature libertine envahit le champ du littéraire.
Dans les années 1945-1950, la faveur des Liaisons dangereuses, météorite au ciel des lettres françaises, vient de ce que l’on approche le libertinage sous l’angle de la libération politique et sexuelle. Engouement qui vérifie l’intuition baudelairienne selon laquelle « la révolution a été faite par des voluptueux ». La voluptueuse marquise de Merteuil, révolutionnaire en jupons, est aussi complexe que son alter ego masculin, le roué Valmont : celle qui, dans la lettre LXXXI, expose ses règles et ses principes ne serait-elle que « libertine et calculatrice » ? Elle incarne une certaine posture féministe avant l’heure, elle qui refuse d'être mangée à la même sauce que la couventine Cécile Volanges ! Sa chute, elle la doit tout autant à l'amour qu'elle éprouve pour Valmont qu'à l'amour-propre qui l'a fait mener une guerre des sexes sans trêve ni pitié. Et Laclos s'y connaît en plans de bataille, lui qui a combattu aux côtés de Vauban : sous sa tente militaire, il écrivait à sa femme, jeune maman, des lettres sur l'éducation à donner aux jeunes filles ! Cette machine infernale qu’est le roman de Laclos ne mène pas uniquement au délétère de la mort, assumée ou symbolique : cinq ans après la publication de l'ouvrage, 1789 saura rappeler que les littérateurs sont d'abord des visionnaires, avec leurs « théâtres de la cruauté ».
Le livre de l’Intranquillité, Fernando Pessoa
Fernando Pessoa est un auteur majeur de la littérature de langue portugaise, à la renommée mondiale. Son œuvre, traduite dans de nombreuses langues, est signée de plusieurs hétéronymes, qui traduisent les multiples facettes de l’écrivain : Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Alvaro de Campos, Bernardo Soares, l’auteur du Livre de l'intranquillité. Écrit entre 1913 et 1935 sous la forme de pensées, de maximes et d’aphorismes, notés sur des feuilles éparses avec l'indication O Livro do desassossego, ce livre est considéré comme le chef-d’œuvre de l’auteur, en même temps que le livre majeur de toute la littérature portugaise. À la mort de l’auteur, en 1935, on découvre 27 543 textes enfouis dans une malle ! La publication du Livre de l’Intranquillité est posthume : édité une première fois en 1982 à Lisbonne, ce récit du désenchantement paraît avec succès en France en deux volumes, en 1988 et 1992.
Lolita, Vladimir Nabokov
Lolita faillit ne jamais voir le jour, à cause de la tentation de Vladimir Nabokov de brûler un manuscrit dont il ne concevait pas la fin. Une fois achevé, l’écrivain russe naturalisé américain éprouva les pires difficultés à trouver un éditeur qui ne craigne pas d’être poursuivi en justice pour atteinte aux bonnes mœurs ou qui ne souhaite pas voir modifier la fin du roman, jugée « immorale ». C’est Olympia Press, une maison d’édition parisienne, qui publie le roman en version originale, en 1955. Dès sa sortie en France, Lolita est censuré aux États-Unis. Gallimard en publie la traduction française. Il paraît finalement en 1958 outre-Atlantique et connaît un succès considérable. La critique parle de « chef-d’œuvre », malgré le scandale suscité par la passion du quinquagénaire Humbert Humbert pour une nymphette de 12 ans. Lolita occupe pendant 180 jours la tête des meilleures ventes du pays. Après le best-seller Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, il est le premier roman à atteindre le seuil des 100 000 exemplaires vendus en trois semaines. Depuis, Lolita s'est vendu dans le monde entier à plus de 15 millions d'exemplaires. En 1962, Stanley Kubrick l’adapte au grand écran.
Le Loup des steppes, Hermann Hesse
C’est dans les années 1960 que Le Loup des steppes, le plus célèbre roman d’Hermann Hesse, publié en 1927, devient un succès international. L'accueil de son œuvre dans l’Allemagne des deux guerres mondiales a été marqué par des campagnes de presse hostiles à l’auteur en raison de ses prises de position pacifistes et de son rejet du nationalisme. À partir de 1937, on lit même ses œuvres sous le manteau, si bien que toute une génération d’Allemands ne la découvrira qu’après 1945. Malgré l’obtention du prix Nobel de littérature en 1946, la critique restera longtemps mitigée à son égard. Il est aujourd’hui l'un des auteurs allemands les plus traduits et lus dans le monde : plus de 100 millions de ses livres ont déjà été vendus !
Madame Bovary, Gustave Flaubert
Basé sur un fait divers, Madame Bovary paraît en 1857, après une gestation de près de cinq ans. Le titre original, Madame Bovary, mœurs de province, prédestine le roman à devenir le canon du roman réaliste. Dès octobre 1856, le texte est publié dans La Revue de Paris sous la forme de feuilleton jusqu’au 15 décembre suivant. En février 1857, le gérant de la revue, Léon Laurent-Pichat, l’imprimeur et Gustave Flaubert sont jugés pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Défendu par l’avocat Maître Jules Sénard, Gustave Flaubert sera finalement acquitté, au terme d’un procès retentissant qui servira la notoriété du roman, grand succès de librairie. Ainsi Flaubert rendra-t-il grâce à l’habileté de son avocat, le 12 avril 1857 :
« Cher et illustre ami,
Permettez-moi d’inscrire votre nom en tête de ce livre et au-dessus même de sa dédicace ; car c'est à vous, surtout, que j’en dois la publication. En passant par votre magnifique plaidoirie, mon œuvre a acquis pour moi-même comme une autorité imprévue. Acceptez donc ici l’hommage de ma gratitude, qui, si grande qu’elle puisse être, ne sera jamais à la hauteur de votre éloquence et de votre dévouement. »
Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov
« Les manuscrits ne brûlent pas » : certaines des petites phrases du roman sonnent comme autant d’aphorismes à la résonance particulière pour les générations qui ont souffert du totalitarisme soviétique. En 1966, presque trente ans après la mort de Boulgakov, le mensuel Moskva publie dans son numéro de novembre une version très largement censurée de la première partie du Maître et Marguerite. La première version non expurgée paraîtra à Francfort en 1969. En Russie, il faudra attendre 1973. Longtemps, le livre a circulé sous le manteau, bien que son auteur ait joui de son vivant du privilège d’être le dramaturge favori de Staline. Considéré aujourd’hui comme un des chefs-d’œuvre de la littérature russe du XXe siècle, Le Maître et Marguerite a inspiré de nombreux écrivains et musiciens.
Manon Lescaut, Abbé Prévost
À sa sortie en 1733, L’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, aujourd’hui plus communément appelé Manon Lescaut, fait scandale. Il est saisi et condamné à être brûlé. Vingt ans plus tard, Prévost publie une nouvelle version du roman, revue et corrigée. Le public est conquis par ce conte d’amour fou, d’un « fripon pour une catin », selon l’expression de Montesquieu. Au XXe siècle, André Gide classe Manon Lescaut au Panthéon des dix meilleurs romans de la littérature française.
Le Meilleur des mondes, Aldous Huxley
Aldous Huxley meurt le 22 novembre 1963, aidé dans son agonie par une prise de LSD. L’annonce de sa mort est éclipsée par celle du président Kennedy, qui vient d’être assassiné à Dallas. Il est l’auteur du Meilleur des mondes, écrit en quatre mois seulement et paru en 1932, considéré aujourd’hui comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature de science-fiction.
Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar
Marguerite Yourcenar, anagramme de Marguerite de Crayencourt, dit avoir longtemps hésité entre deux figures historiques, l'empereur Hadrien et le mathématicien-philosophe Omar Khayyam. Finalement, les Mémoires d'Hadrien paraissent en 1951. Le succès de la lettre de Marc-Aurèle à l’empereur, au déclin de sa vie, connaît un succès retentissant. En 1970, Marguerite Yourcenar est consacrée par son élection à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Dix ans plus tard, elle devient la première femme à siéger à l'Académie française, au fauteuil de Roger Caillois, grâce au soutien actif de l'écrivain et académicien Jean d'Ormesson.
Mémoires posthumes de Brás Cubas, Joaquim Maria Machado de Assis
Au sujet du roman de Joaquim Maria Machado de Assis, paru en 1881, Susan Sontag écrivait : « Je ne connais qu’un exemple de ce genre ensorcelant qu’est l’autobiographie imaginaire. » L’écrivain brésilien, fondateur et « président perpétuel » de l'Académie brésilienne des Lettres, est considéré par certains critiques comme le plus grand auteur produit par l’Amérique latine. Inspiré par Laurence Sterne, il a bouleversé l’agencement formel du roman réaliste, à l’œuvre au XIXe siècle, en faisant entendre d’outre-tombe une voix retraçant les vanités de l’existence.
La Mer de la fertilité, Yukio Mishima
La Mer de la fertilité est une tétralogie de l'auteur japonais Yukio Mishima, de son vrai nom Kimitake Hiraoka. L'histoire se déroule dans un Japon qui vient de sortir de l'ère Meiji et qui, sous le poids de l'influence occidentale, peine à se réinventer. Sont racontées les différentes réincarnations du personnage principal, qui parcourt plusieurs périodes du Japon du XXe siècle. Œuvre-somme de l’auteur, débutée en 1964, La Mer de la fertilité est considérée comme l'accomplissement de toute une vie. C’est en 1970 que Mishima achève le quatrième tome : « L'Ange en décomposition ». Le 25 novembre, il poste à son éditeur la fin de son manuscrit…
Le Japon est sous le choc quand il apprend le même jour, vers midi, que Yukio Mishima a pénétré le Quartier Général de l'armée de terre à Tokyo, avec quatre cadets de la Tatenokai (Société du Bouclier) – une milice privée qu'il avait créée en 1968 pour protéger l'Empereur –, et pris un général en otage. C'est dans ce même bâtiment qu'avait siégé le Tribunal militaire international de Tokyo qui condamna les chefs militaires nippons en 1946. Au balcon, Mishima lance un appel à changer la Constitution pacifiste imposée par les Américains, afin de redonner au Japon une armée digne de ce nom, et exhorte les soldats à se rebeller. Son discours est accueilli par des huées, des cris de dérision. Il sait bien que son projet est voué à l'échec. Il lance trois banzaï (« Longue vie à l'Empereur ») avant de retourner à l'intérieur et de se plonger un sabre de samouraï dans le ventre. Un de ses compagnons, Masakatsu Morita, s'y reprend à trois fois pour le décapiter, comme le veut la coutume samouraï, avant de se faire aussi seppuku.
Les Mille et Une Nuits, anonyme
Il y a 300 ans, Antoine Galland fait paraître en France la traduction d’un recueil de contes persans daté du VIIe siècle, qu’il baptise Les Mille et une Nuits. Son action se déroule dans le royaume insulaire de l'Inde et de la Chine. Pendant mille et une nuits, Shéhérazade tient le roi en haleine en lui racontant des histoires, espérant ainsi sauver sa vie. L’ouvrage suscite alors dans toute l’Europe un engouement sans précédent pour l’exotisme oriental. Il y devient le récit le plus lu, après la Bible. Les écrivains du XIXe siècle, enfiévrés d'Orient, en font leur livre de chevet. Plus tard, il est l'un des premiers titres à succès des collections Hachette et de la bibliothèque de gare.
Les Misérables, Victor Hugo
Victor Hugo, le chantre du romantisme français, est un romancier inclassable. Il a laissé neuf romans : il a écrit le premier, Bug-Jargal, à 16 ans, le dernier, Quatrevingt-treize, à 72 ans ! Les Misérables, l’un des romans les plus populaires de la littérature française, paraît en 1862. Depuis, les aventures du bagnard Jean Valjean – qui rappelle le condamné à mort du Dernier Jour d’un condamné – ont donné lieu à de nombreuses adaptations cinématographiques. Hugo, épris de justice sociale et de dignité humaine, a accordé une grande importance à ce roman. En mars 1862, il écrit à son éditeur Lacroix : « Ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon le principal, de mon œuvre. »
Moby Dick, Herman Melville
Le roman américain par excellence ! La quête obsessionnelle du capitaine Achab à bord de la baleinière le Pequod, pour traquer la baleine blanche qui l’a privé de ses jambes, a été publiée en 1851. Oubliée de tous à sa mort, l’œuvre maîtresse d’Herman Melville a été redécouverte dans les années 1920. Son auteur est désormais considéré comme l'une des plus grandes figures de la littérature mondiale.
Le Moine, M.G. Lewis
Écrite en dix semaines dans le but de divertir une mère en proie à l’ennui, Le Moine est publié en 1796. Lewis n’a que 21 ans. Le succès du roman est immédiat, mais certains passages, jugés subversifs, placent le livre sous le coup d'une injonction de restriction à la vente. Lord Byron et le Marquis de Sade saluent cette œuvre de jeunesse, qui va devenir emblématique du roman gothique, et influencer de nombreux imitateurs. En 1931, Antonin Artaud publie une traduction toute personnelle du roman de Lewis, qu’il rêve de porter à l’écran.
Montedidio, Erri de Luca
Le 7 novembre 2002, le jury du Prix Femina Étranger couronne Erri De Luca pour son roman Montedidio, du nom d’un quartier populaire de Naples. L’écrivain est l’un des auteurs majeurs de la littérature italienne contemporaine, engagé à l'extrême gauche, fasciné par la lecture de la Bible : « Pour celui qui écrit, les voix sont comme les visions pour un saint. Elles sont loin du rêve, elles sont veille, accueil, rencontre, et non pas abandon, réconfort, représentation. Elles viennent d’un avant et ne sont adressées à personne. Elles sont le résidu des histoires, des récits qui ont diverti les communautés après le coucher du soleil, soir après soir. Elles sont la cour du temps. »
Mrs. Dalloway, Virginia Woolf
Dans les années 1920, l’écrivain Valery Larbaud découvre Émile Dujardin grâce à James Joyce, et écrit une préface enthousiaste pour la réédition corrigée des Lauriers sont coupés, paru chez Messein en 1925, après une première publication en 1887 passée presque inaperçue. Flatté de l’honneur tardif que reçoit son roman, Dujardin donne une série de conférences dans lesquelles il fait le point sur le monologue intérieur, question qui agite les milieux littéraires de l’époque et qui donne son titre à l’ensemble de ses réflexions publié chez Messein en 1931. En Angleterre, paraît l’année de cette réédition le roman de Virginia Woolf : Mrs. Dalloway raconte une journée de la vie d’une femme, Clarissa Dalloway, perçue sous le prisme de sa conscience, dans le désordre apparent de ce qui surgit en elle et dans le monde. Initialement intitulé The Hours, le roman de Virginia Woolf peut être considéré aujourd’hui comme le canon du stream of consciousness. En 2002, sort un film adapté du roman de Michael Cunningham, The Hours, publié en 1998 et couronné du prix Pulitzer. Nominé pour l'Academy Award du meilleur film, basé sur la vie de Virginia Woolf et sur l'influence de Mrs. Dalloway dans la vie de l’écrivaine, ce film ne reçoit pourtant pas les faveurs des exégètes, qui le considèrent mensonger.
Notre-Dame-des-Fleurs, Jean Genet
Jean Genet, incarcéré à la centrale de Fresnes, a composé ce texte sur des morceaux de papier destinés à fabriquer des sacs. Il est publié clandestinement en 1943 par Robert Denoël et Paul Morihien, le secrétaire de Cocteau, et inaugure la carrière romanesque de « Saint-Genet ». L’auteur des Enfants terribles, qui illustrera en 1947 un texte de Genet, Querelle de Brest, interviendra quelques mois après la publication de Notre-Dame-des-Fleurs pour éviter à Genet la relégation perpétuelle.
L’Odyssée, Homère
Très ancienne légende grecque, l’histoire de L’Odyssée se confond avec celle de son héros Ulysse qui, après avoir combattu à la guerre de Troie, entreprend de retrouver son chemin pour regagner sa patrie, Ithaque. D’abord chantée par les aèdes, cette épopée fondatrice de la nostalgie fut mise à l’écrit par Homère au VIIIe siècle av. J.C. Dans son William Shakespeare, Victor Hugo écrivait : « Le monde naît, Homère chante. C'est l'oiseau de cette aurore. »
Les Particules élémentaires, Michel Houellebecq
Alors avoir publié le premier roman de Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, Maurice Nadeau refuse le manuscrit suivant, intitulé Les Particules élémentaires. Qu’importe, Raphaël Sorin, directeur littéraire chez Flammarion, à l’affût du roman-culte d’une génération, s’entiche du nouvel élu de la littérature française. Le roman paraît en pleine rentrée littéraire 1998. Au final, 500 000 exemplaires vendus, l’exclusion de l’auteur de la revue Perpendiculaire, un Goncourt manqué – le premier – au profit de Paule Constant. Le roman sera toutefois couronné par le jury du Prix Novembre auquel participe un certain Philippe Sollers…
Perceval ou Le Conte du Graal, Chrétien de Troyes
Écrivain du XIIe siècle, Chrétien de Troyes peut être considéré comme l’inventeur du roman français. Son secret réside, selon ses propres mots, dans l’art de la bonne conjointure, alliage subtil entre la matière et le sens.
Parce que sa mère veut le protéger, Perceval est élevé loin de la civilisation au cœur de la forêt galloise. Il grandit dans l'ignorance complète du monde de la chevalerie meurtrière jusqu’au jour où il rencontre des chevaliers. Ébloui par la brillance de leurs armures, il quitte la maison maternelle, malgré les supplications de sa mère, et se rend à la cour du roi Arthur où une jeune fille lui prédit un grand avenir… Perceval est le premier conte à évoquer le saint Graal.
Le Petit Prince, Saint-Exupéry
Cette œuvre inclassable est la plus connue d’Antoine de Saint-Exupéry, publiée en 1943 à New-York. Ce conte poétique et philosophique a été traduit en plus de 180 langues et dialectes. En 2005, il paraît même une version en toba, langue amérindienne du nord de l'Argentine. Jusque là, seul le Nouveau Testament avait reçu cet insigne honneur ! Phénomène d’édition, phénomène international, phénomène culturel, Le Petit Prince est universel !
Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde
Même si elle inaugure la célébrité littéraire de son auteur, la publication du Portrait de Dorian Gray dans le Lippincott’s Monthly Magazine en 1890 fait scandale et suscite le courroux des critiques, qui lisent dans le seul roman que Wilde ait jamais publié l’immoralité et le côté malsain de son auteur. Le texte est révisé en 1891, et dans la préface de son roman, Wilde défend la nécessaire césure entre l’esthétique et l’éthique, le beau et le moral : « L'artiste est le créateur de belles choses. […] Il n'y a pas de livre moral ou immoral. Les livres sont bien ou mal écrits. Voilà tout. […] Aucun artiste ne désire prouver quoi que ce soit. Même ce qui est vrai peut être prouvé. […] Tout art est totalement inutile. » La même année, il rencontre Lord Alfred Douglas de Queensberry dont il s’éprend. Ils affichent aux vues de tous leur homosexualité, ce qui n’est pas du goût du père d’Alfred… « L’affaire Queensberry » est en marche, qui précipitera la fin de l’écrivain le plus brillant de l’époque victorienne.
La Princesse de Clèves, Madame de La Fayette
Composée avec La Rochefoucauld et Segrais, La Princesse de Clèves connaît dès sa parution en 1678 un succès considérable : des centaines de pages ont glosé dans les années suivantes la scène de l’aveu. Considéré comme le premier roman d’analyse, où la part belle est faite à l’analyse psychologique des sentiments, La Princesse de Clèves marque un tournant dans l’histoire du roman et montre l’importance des femmes dans la vie culturelle du XVIIe siècle.
Le Procès, Franz Kafka
En janvier 1904, Franz Kafka explique dans une lettre adressée à son ami Oskar Pollak la vocation de la littérature : « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d'un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? » Le roman de Kafka, qui relate les tourments judiciaires de Joseph K., accusé un matin d’une faute que l'on ne découvre jamais, n’est pas totalement achevé à sa mort et n’est pas destiné, à l’instar de ses autres livres, à être publié. C’est à Max Brod, son ami et son exécuteur testamentaire, qu’échoit le manuscrit du roman, publié pour la première fois en 1925 sous le titre Der Process et adapté au grand écran par Orson Welles en 1962.
Les Raisins de la colère, John Steinbeck
Publié en 1939, le roman de Steinbeck est couronné du Prix Pulitzer en 1940. La même année sort sur les écrans l’adaptation de John Ford, avec Henry Fonda dans le rôle de Tom Joad. Pour ce film, Ford obtient, en 1942, l'Oscar du meilleur réalisateur pour la seconde fois, raflant la mise au nez et à la barbe d’Alfred Hitchcock et de George Cukor, entre autres.
Le Rivage des Syrtes, Julien Gracq
« J'appartiens à l'une des plus vieilles familles d'Orsenna. Je garde de mon enfance le souvenir d'années tranquilles, de calme et de plénitude entre le vieux palais de San Domenico et la maison des champs, au bord de la Zenta » : voilà la première phrase du roman qui enflamme la rentrée littéraire de l’année 1951. Le 3 décembre, Julien Gracq refuse le prix que lui décerne l’Académie Goncourt pour Le Rivage des Syrtes. C’était couru d’avance ! À la veille des résultats, Les Nouvelles littéraires publiaient une interview accordée par Gracq à André Bourin et titraient : « Si on me donnait le prix Goncourt, je ne pourrais faire autrement que de refuser. » L’affaire n’était pas nouvelle : l’auteur, qui avait publié quelques mois auparavant La Littérature à l’estomac (1950), dénonçait déjà dans son pamphlet les « us, abus et absurdités de la foire aux lettres » en stigmatisant l'incompétence des jurys littéraires et les préjugés de la critique. Son éditeur, José Corti, le suit et se refuse à habiller les volumes de la traditionnelle bande « prix Goncourt ». Il vend tout de même 110 000 exemplaires du roman la première année… et 175 la deuxième, ce qui confirme aux yeux de l’auteur la vanité des prix littéraires. En un peu plus d'un demi-siècle, le livre s'est vendu à presque 300 000 exemplaires, malgré l’absence d’édition de poche.
Robinson Crusoé, Daniel Defoe
Dans un ouvrage paru en 1712, La Croisière autour du monde, le capitaine Rogers rapporte sa rencontre avec un étonnant personnage, le naufragé Alexandre Selkirk, vêtu de peaux de chèvres. En 1718, Defoe tombe sur une réédition de ce livre. Il voit immédiatement le parti qu’il pourrait tirer de ce fait divers hors du commun. En 1719, paraît La Vie et les aventures étranges et surprenantes de Robinson Crusoé de York, considéré comme le premier roman anglais. Depuis, le récit de Defoe n’a cessé d’inspirer les écrivains du monde entier, de Petrus Borel à John Coetzee en passant Jules Verne, Robert Louis Stevenson, William Golding, Jean Giraudoux et Michel Tournier.
Le roi des Aulnes, Michel Tournier
Deuxième roman de Michel Tournier, Le Roi des aulnes paraît en 1970 et obtient le Prix Goncourt à l'unanimité du jury. Depuis, il s'est vendu à 4 millions d'exemplaires.
Le Roman de la Rose, Guillaume de Lorris-Jean de Meung
Le Roman de la Rose est une œuvre poétique qui revêt la forme d’un rêve allégorique. Débutée en 1237 par Guillaume de Lorris, achevée en 1280 par Jean de Meung, l’œuvre inaugure l’une des premières querelles féministes : Christine de Pisan, première femme de lettres françaises à avoir vécu de sa plume, dénonce la représentation des femmes dans la littérature courtoise. Dans L’Epistre au Dieu d'Amours (1399) et le Dit de la rose (1402), elle critique la seconde partie du Roman de la rose, l’œuvre littéraire la plus connue, copiée, lue et commentée en Europe occidentale… Deux cents ans avant l’imprimerie, le best-seller naissait !
La Route des Flandres, Claude Simon
Dans les années 1990, Pantheon, la maison d’édition d’André Schiffrin que son père a fondée, est rachetée par Random House. Très rapidement, on met à sa tête un certain Alberto Vitale, qui a débuté sa carrière dans la banque. Vitale est présenté à Schiffrin et à son équipe comme un homme sensible et cultivé. Mais sa réputation est vite sapée par son insistance à répéter qu’il est bien trop occupé pour ouvrir un livre. Des livres, Vitale n’en a jamais lus, seuls l’intéressent les livres de comptes. À l’occasion d’une réunion de travail, alors qu’il passe en revue la liste de livres que Schiffrin compte publier, ce dernier s’entend demander avec mépris : « Qui est ce Claude Simon ? »
Paru en 1960, La Route des Flandres est construit comme une vaste anamnèse de la déroute de l’armée française en 1940. Son auteur, classé par commodité dans la mouvance du Nouveau Roman, est longtemps resté confidentiel. Quand il obtient en 1985 le prix Nobel de littérature, à la surprise générale, la controverse fait rage. Certains critiques l’encensent tandis que d’autres stigmatisent l’ennui de son œuvre.
Sanctuaire, William Faulkner
« J’ai songé à ce que je pouvais imaginer de plus horrible et je l’ai mis sur le papier » écrit William Faulkner à propos de Sanctuaire, paru en 1931. Ce roman très controversé, à cause d’une scène de viol, fait connaître Faulkner du grand public. À la mort de son père en août 1933, l’écrivain, acculé par les difficultés financières, vend les droits de son roman au cinéma. Réalisé par Stephen Roberts, The Story of Temple Drake est expurgé des scènes licencieuses du livre, pour rester en conformité avec le Code Hays.
Le Seigneur des anneaux, J.R.R. Tolkien
Le Seigneur des anneaux paraît entre 1954 et 1955. À l'origine, Tolkien souhaitait publier son roman d’un seul tenant, mais le prix prohibitif du papier, en cette période d'après-guerre, l’oblige à diviser son œuvre en trois volumes : La Communauté de l'anneau, Les Deux Tours et Le Retour du roi constituent l’un des chefs-d’œuvre de la littérature de fantasy, terme défini par Tolkien dans son essai Du conte de fées, daté de 1939. Conte de fées pour adultes, la fiction de la « Terre du Milieu » peut être lue comme la suite de Bilbo le Hobbit. Dans les années 1960, Le Seigneur des anneaux devient un phénomène, en incarnant la contre-culture. Il est même question, un temps, d'adapter le roman au cinéma, avec les Beatles en tête d’affiche. Depuis, le succès populaire du Seigneur des anneaux ne s’est jamais démenti et le roman compte aujourd’hui encore des millions d’aficionados dans le monde entier.
Senilità, Italo Svevo
Le héros de Senilità, Emilio Brentani, nourrit des ambitions littéraires. Il vit à Trieste, la ville natale d’Italo Svevo. Emilio est amoureux de la blonde Angiolina, « le petit ange ». Cette relation, sans enjeu au départ, devient vite passionnelle. Ce roman de la jalousie est aujourd’hui considéré par certains critiques comme le chef-d’œuvre de Svevo, plus parfait que La Conscience de Zeno. À sa parution pourtant, en 1898, le roman est un échec critique et commercial si cinglant que Svevo renonce à la littérature pendant près de vingt ans. C’est James Joyce, que Svevo a rencontré à Trieste, qui le poussera à reprendre l’écriture, féru qu’il est de Senilità au point d’en connaître des passages entiers par cœur !
Si c’est un homme, Primo Levi
Si c'est un homme, publié aux États-Unis sous le titre de Survival in Auschwitz, est l'une des œuvres les plus importantes du XXe siècle et le témoignage de l’un des plus célèbres survivants de la Shoah. Primo Levi, pour lequel survivre et témoigner sont inextricablement liés, conte son expérience concentrationnaire et montre les horreurs de la déshumanisation des camps. Juif italien, chimiste de profession, il fut emprisonné à la Buna en 1944. En 1945, on le charge de rédiger pour les Alliés un rapport technique au sujet du fonctionnement du camp d’extermination d’Auschwitz, qui lui servira de base pour la rédaction du roman à venir. Il peine à trouver un éditeur italien. Le livre paraît pourtant en 1947. Publié à 2 500 exemplaires, il passe inaperçu. C’est la publication de son deuxième livre, La Trêve, en 1963, qui fait enfin connaître Si c’est un homme, traduit alors dans de nombreuses langues. Il ne paraît en France qu’en 1987, à la mort de l’auteur.
Le Silence de la mer, Vercors
Mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean Bruller entre dans la Résistance et prend pour pseudonyme Vercors, nom d’un maquis célèbre. En 1941, il fonde avec Pierre de Lescure les éditions de Minuit, maison d'édition clandestine, et y publie sa nouvelle Le Silence de la mer en 1942. Rarement un livre aura été l'objet d'un tel culte, davantage pour des motifs patriotiques d’ailleurs que littéraires. Certains pensent qu’il s’agit d’une provocation nazie, d’autres, comme la majorité des résistants qui l’ont lu à Londres, l’attribuent à André Gide… C’est le général de Gaulle qui, se saisissant du manuscrit, en ordonne une réédition sur le champ aux fins de large diffusion. Tombée dans les mains du réalisateur Jean-Pierre Melville, la nouvelle sera portée au grand écran en 1947 : la Nouvelle Vague est née. Vercors dédie son livre au « poète assassiné », Saint-Pol Roux, mort de chagrin en 1940 après avoir appris que son manoir de Camaret a été incendié par les Allemands, sa fille violée et ses écrits brûlés.
Sous le soleil de Satan, Georges Bernanos
Georges Bernanos travaille dans une compagnie d'assurances quand paraît en 1926 son premier roman, Sous le soleil de Satan. « Une complainte horrible du péché, sans amertume ni solennité, mais grave, mais orthodoxe et d’une inapaisable véracité. » Cette phrase de Léon Bloy résume pour Bernanos l’esprit de l’histoire tragique de Mouchette, une des figures féminines les plus bouleversantes de la littérature française. Bernanos a presque 40 ans : le succès de cette œuvre troublante le décide à se lancer dans une carrière littéraire. En 1987, le roman est adapté au grand écran par Maurice Pialat. La même année, le film est couronné par la Palme d’or du festival de Cannes. Sous les sifflets des journalistes, acquis à Wim Wenders, Pialat lance à la cantonade une formule qui restera dans les annales du cinéma : « Si vous ne m'aimez pas, je ne vous aime pas non plus. »
Le Tambour, Günter Grass
En 1955, Günter Grass devient un proche du Groupe 47, mouvement de reconstruction et de réflexion littéraire dans l'Allemagne d'après-guerre. Un an auparavant, il a débuté une carrière de poète. En 1957, il obtient le prix du Groupe 47, après la lecture des deux premiers chapitres d’une œuvre romanesque encore en chantier, Le Tambour. Grâce à sa récompense, en monnaie sonnante et trébuchante, il part à Paris, où il parachève son roman dans une petite chambre de la Place d'Italie. Le Tambour, premier volume de la Trilogie de Dantzig, est publié en 1959. C’est un succès, qui apporte la célébrité à Günter Grass. En 1979, le roman est adapté au cinéma par Volker Schlöndorff, qui obtient une reconnaissance internationale. Son film est couronné de la Palme d'Or à Cannes, ex æquo avec Apocalypse Now, le film de Francis Ford Coppola. L’année suivante, Le Tambour obtient l'Oscar du meilleur film étranger. Günter Grass, « l'éternel nobélisable », reçoit enfin le prix Nobel de littérature en 1999, « pour avoir dépeint le visage oublié de l'histoire dans des fables d'une gaieté noire ».
Thérèse et Isabelle, Violette Leduc
« Elle me reflétait, je la reflétais : deux miroirs s’aimaient. » Cette réflexivité du désir se mire dans une écriture qui traque pêle-mêle les émotions, les soubresauts, les défaillances des sens. Dans un pensionnat de jeunes filles, à l’heure de l’extinction des feux et des secrets d’alcôve, les corps s’embrasent et les âmes s’illuminent. Thérèse et Isabelle ou le récit d'une idolâtrie partagée, quand les corps disent l’absolu de l’amour. Les fièvres de l’attente qui affament les amantes – « J’aimais : je n’avais pas d’abri. Je n’avais que des salles d’attente et des sursis entre les rendez-vous » – s’abolissent dans les pâmoisons de la jouissance d’être réunies. Cette fascination s’enracine dans l’évidence de l’amour, fusion archaïque – « nous l’avons fait de mémoire comme si nous nous étions caressées dans un monde avant notre naissance ». Le corps de l’autre est un paysage à explorer, qui prépare à une communion plus vaste avec la Nature. Dans les bras d’Isabelle, Thérèse vient au monde une seconde fois, celle qui se sent « trompée » par le mariage de sa mère est à nouveau « habitée », « fiancée » : « Je suis à Isabelle, je n’appartiens plus à ma mère. »
Le récit de cette idolâtrie partagée, paru en 2000, est sa version intégrale, telle que Violette Leduc l’avait écrite à l’origine. C'est au printemps 1948 que Violette Leduc, encouragée par Simone de Beauvoir, avait entrepris la rédaction de ce texte. Le défi était de taille : « J'essaie de rendre le plus exactement possible, le plus minutieusement possible les sensations éprouvées dans l'amour physique. Il y a là sans doute quelque chose que toute femme peut comprendre. » Thérèse et Isabelle constituait la première partie d’un roman, Ravages, présenté aux Editions Gallimard en 1954. Jugée « scandaleuse », elle fut censurée par les éditeurs, Raymond Queneau et Jacques Lemarchand.
Tristan et Iseut, Béroul
Issue de la tradition orale, la légende de Tristan et Iseut fait son entrée dans la littérature écrite au XIIe siècle. Si plusieurs textes ont vu le jour, aucun n’est parvenu dans son intégralité à la postérité, quand ils n’ont pas été perdus, comme c’est le cas pour le Tristan et Iseut de Chrétien de Troyes. Les versions de Thomas d’Angleterre et de Béroul sont les plus célèbres, bien qu’on ignore presque tout de ce dernier. Tristan et Iseut recèle en ses pages une des plus belles images de l’amour éternel : les deux amants adultères sont enterrés par le roi Marc au pied d’une chapelle. Il plante sur la tombe d’Iseut un buisson de roses rouges et un cep de noble vigne sur celle de Tristan. Les deux arbustes croissent ensemble jusqu’à ce que leurs rameaux se mêlent si étroitement qu'il sera impossible à jamais de les séparer.
Ulysse, James Joyce
En 1906, James Joyce travaille au manuscrit des gens de Dublin. Il envisage d’y ajouter une histoire qu’il intitulerait « Ulysse », celle d’un publicitaire juif du nom de Leopold Bloom. Finalement, il y renonce. À la sortie de son recueil de nouvelles, en 1914, Joyce reprend son idée d’origine et débute un roman, dont l’écriture sera achevée en 1921. Le 2 février 1922, après des mois d’une relecture attentive, il livre à son éditeur la version définitive de son manuscrit. James Joyce a 40 ans pile. Le récit des déambulations de Stephen Dedalus et de Leopold Bloom dans Dublin, le 16 juin 1904, de 8 heures à 3 heures du matin, est sans doute l’une des œuvres les plus extraordinaires produites par la littérature mondiale. Certains critiques ont pourtant prétendu que le monologue intérieur joycien avait opéré un effet désastreux sur la fiction contemporaine, en donnant naissance à des générations d'écrivains peu soucieux de la grammaire et de la cohérence narrative, au profit d’élucubrations nombrilistes sans queue ni tête.
V., Thomas Pynchon
Alors qu’il travaille à l’élaboration de son premier roman, Thomas Pynchon est employé en tant que rédacteur technique par la firme Boeing à Seattle. De février 1960 à septembre 1962, il y compile des articles pour le Bomarc Service News, la newsletter qui accompagne le développement du missile sol air BOMARC, déployé par l'U.S Air Force. V. paraît en 1963 et reçoit le prix du meilleur premier roman de l'année, décerné par la Fondation William Faulkner. Très avare d’apparitions publiques, jouant sans cesse au chat et à la souris avec les médias, Thomas Pynchon est l’un des plus grands romanciers américains du XXe siècle.
Vendredi ou les limbes du Pacifique, Michel Tournier
En 1967, Michel Tournier publie son premier roman Vendredi ou les limbes du Pacifique, réécriture du mythe de Robinson Crusoé, raconté par Daniel Defoe au début du XVIIIe siècle. L’œuvre est récompensée du Grand prix du roman de l'Académie française. Cinq ans plus tard, Tournier fait paraître la version simplifiée du roman, Vendredi ou la vie sauvage. Pour autant, il ne la juge pas mineure : « Une œuvre ne peut aller à un jeune public que si elle est parfaite. Toute défaillance la ravale au niveau des seuls adultes. L'écrivain qui prend la plume en visant aussi haut obéit donc a une ambition sans mesure. » Le livre devient un classique scolaire. Depuis, il s'est vendu à 7 millions d'exemplaires et a été traduit en une quarantaine de langues.
La Vie devant soi, Romain Gary
En 1975, La Vie devant soi, un roman signé Émile Ajar, est couronné du prix Goncourt. Derrière ce pseudonyme se cacherait l’écrivain Paul Pavlowitch, le neveu de Romain Gary, déjà récompensé du prix en 1956 pour Les Racines du ciel. Après le suicide de Gary en 1980, le Tout-Paris littéraire découvre la supercherie littéraire : Gary et Ajar n’en font qu’un ! Pavlowitch avait accepté à la demande de son oncle d’endosser l’identité d’Émile Ajar auprès des médias. En 1981, le neveu de Romain Gary fait paraître aux éditions Fayard L'Homme que l'on croyait, livre dans lequel il raconte cette mystification de génie. La Vie devant soi, adapté au grand écran en 1977 par Moshé Mizrahi, remporte l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. La même année, Simone Signoret, dans le rôle de Madame Rosa, est couronnée du César de la meilleure actrice.
Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme, Laurence Sterne
Laurence Sterne fait partie, avec Cervantès et Rabelais qu'il admirait, des fondateurs du roman moderne. Quand son roman paraît en 1767, la renommée de son auteur s’étend alors dans toute l’Europe comme une traînée de poudre. L’audace narrative de cette tentative d’autobiographie suscite l’admiration de ses pairs et a inspiré bon nombre d’entre eux : Diderot, Hoffmann, Balzac, Machado de Assis, James Joyce, Natsume Sôseki, Milan Kundera. Les structuralistes russes Victor Chklovski et Mikhaïl Bakhtine ont considéré Sterne comme l’un des fleurons de la tradition littéraire occidentale.
Le Vieil Homme et la mer, Ernest Hemingway
Le Vieil Homme et la mer, bref roman considéré parfois comme une nouvelle, a été écrit par Ernest Hemingway à Cuba en 1951. Avec cette dernière œuvre majeure publiée de son vivant, en 1952, Hemingway obtient le Prix Pulitzer en 1953, malgré les divergences de la critique littéraire. L’année suivante, il devient lauréat du Prix Nobel de littérature.
Une vieille maîtresse, Jules Barbey d’Aurevilly
À l’âge où de longues histoires au coin du feu remplacent les bals de la jeunesse, deux douairières du faubourg Saint-Germain s’entretiennent de l’affaire du jour. La marquise de Flers, « née en 1760, qui a traversé toutes les corruptions du Trianon, de l’Émigration et de l’Empire », tient tête à sa vieille amie la comtesse d’Artelles au sujet du futur époux de sa petite-fille, Hermangarde. Dans quelques jours va être célébrée en grandes pompes leur union et pourtant « le prétendant au trône », Ryno de Marigny, jouit d’une fort mauvaise réputation. Il est dit libertin sans conscience, joueur invétéré, et par dessus tout la propriété exclusive d’une seule femme, à laquelle il aurait sacrifié toutes les autres, la Vellini. Fille adultérine de la duchesse Cadaval-Aveiro et d’un toréador mort dans l’arène, cette malagaise ténébreuse, à la réputation sulfureuse, mêle à une prétendue laideur un magnétisme sans égal, réputé pour enchaîner les hommes à ses charmes… Le 2 avril 1852, Barbey écrit à Trébutien : « Tout est vrai dans ce que j’écris – vrai de vie passée, soufferte, éprouvée d’une manière quelconque, non pas seulement de vie supposée ou devinée. Je ne suis pas aussi grand que cela. » À sa sortie en 1851, Une vieille maîtresse étonne la critique. Pourtant, aucun des grands contemporains du « Connétable des Lettres » ne s’y est trompé, même pas Sainte-Beuve, ce censeur si difficile à contenter. Gautier, dans un article de La Presse, déclare : « Depuis Balzac, c’est le livre le plus fort qui ait paru. »
Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline
En 1932, Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, publie son premier roman, Voyage au bout de la nuit, qui fait l’effet d’une bombe dans le milieu littéraire. Le 7 décembre de la même année, le Goncourt lui échappe, à deux voix près, au profit de Guy Mazeline. Céline devra se contenter du Prix Renaudot… et d’un grand succès de librairie. Depuis, alors que l’auteur des Loups est tombé dans l’oubli, l’influence de l’œuvre célinienne ne s’est jamais démentie.
Voyage au centre de la Terre, Jules Verne
Après le succès de Cinq semaines en ballon, l’éditeur Hetzel demande à Jules Verne de contribuer à sa revue destinée à un jeune public, Le Magazine illustré d’éducation et de récréation. Sa mission ? Écrire des romans à vocation pédagogique selon un cahier des charges très strict : les histoires à concevoir doivent faire appel à des « connaissances géologiques, géographiques, astronomiques et physiques de la science moderne ». Jules Verne s’acquitte à merveille de la tâche qui lui est confiée, quand il publie en 1864 Voyage au centre de la Terre, un roman mêlant la science à l’aventure.
Les Voyages de Gulliver, Jonathan Swift
Histoire pour enfants, satire politique, recueil de voyages, dessin animé ou série télévisée, les avatars de cet éternel classique écrit en 1721 sont nombreux. La première version du livre est publiée en 1726, expurgée par son éditeur. Il faut attendre neuf ans pour que paraisse la version complète du roman de Jonathan Swift, précurseur des Lumières.
Novembre 2008
© Le magazine des Livres / Eli Flory